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Femmes de l'air
Chronique d'une conquête

Marie-Josèphe de Beauregard

France-Empire - 1993
ISBN 2-7048-0714-0

Quatrième de couverture

Aéronautes, aviatrices, astronautes... Leurs destins s'enchaînent et leurs vies s'apparentent. De la Française Jeanne Labrosse, l'aïeule au cran fou et aux grâces de merveilleuse, aux "chrysalides" de l'espace, de la chute icarienne de Sophie Blanchard à celle dantesque de Judith Resnik et des "Vénus" de l'Air aux "amazones" galonnées chevauchant Starfighters et autres machines d'apocalypse.

Des vies où se conjuguent ténacité, foi, combativité, car il leur en fallut pour s'imposer dans un milieu à dominante masculine. Une chasse gardée aux marges de laquelle elles étaient tolérées, à condition d'être brillantes pour ne pas dire exceptionnelles, mais devenaient indésirables du jour où elles prétendaient s'y tailler une juste place autrement que par l'exploit ou la beauté.

Captivante de bout en bout, l'histoire de cette conquête se lit comme un roman où défilent, se croisent, s'affrontent, "têtes folles", marathoniennes, guerrières et mégastars dont les exploits firent et font encore rêver dans la mesure où ils s'inscrivent, telles les pièces d'un gigantesque puzzle inachevé, dans la plus grande aventure de tous les temps.

Peuplé de personnages hors du commun, jalonné d'anecdotes, drôles ou émouvantes, ce récit donne une vision neuve d'un monde féminin oublié, méconnu, réduit souvent au stéréotype, hérité de l'entre-deux guerres, de l'aviatrice - terme obsolète - casquée de gloire et de fatalité. Image mythique, simpliste qui plus est au regard de la diversité des modes d'expression de celles qui se sont corps et âme vouées à l'Air et dont la geste est ici contée. Des montgolfières aux vaisseaux cosmiques.

Marie-Josèphe de Beauregard

Juriste de formation, Marie-Josèphe de Beauregard passe du barreau qui l'ennuie au journalisme. Elle découvre l'aviation par hasard, la pratique en dilettante, remportant néanmoins de nombreux trophées sportifs aux commandes de son Super-Emeraude. Elle est présidente de la FPE (Fédération des Pilotes Européennes) et mène parallèlement des recherches historiques sur les femmes de l'air. Consultante attitrée de l'IWASM (International Women Air and Space Museum), c'est une des rares spécialistes de ce sujet.


En couverture : bronze de Raoul Larcher, photo de Philippe Lesage, avec l'aimable autorisation de l'Automobile-Club de France.

PRÉFACE de Maurice Herzog

D'aucuns seront quelque peu étonnés de me voir préfacer un ouvrage sur l'histoire féminine de l'aviation. Il y a tant de noms célèbres ayant auréolé cette fabuleuse aventure qu'il eût été facile de les solliciter.

Bien que passionné personnellement pour l'aviation, ayant piloté durant de longues années de nombreux types d'appareils, je ne saurais prétendre pour autant au moindre titre justifiant l'honneur de présenter une œuvre dont l'absence jusqu'à ce jour était, il est vrai, une véritable lacune.

Après un temps de réflexion, j'ai cependant réalisé à quel point l'esprit d'aventure était à bien des égards comparable à celui de l'alpinisme. Maintes fois la preuve m'en a été fournie au cours de mes rencontres amicales et fécondes avec les géants de cette épopée, tels les Charles Lindbergh, Maryse Bastié, Pierre Clostermann, Jacqueline Auriol, Marcel Doret, Hermann Geiger et d'autres encore. Chaque fois je fus frappé de sentir chez mes interlocuteurs la même flamme intérieure et surtout à l'identique cette volonté farouche animant mes amis de la haute montagne.

L'aventure est une guerre. Elle détermine le profil du combattant qui engage à chaque instant son existence. D'où ce même regard habité, commun à tous ceux qui risquent leur vie.

Sans doute ressentent-ils dans l'espace aérien, tout autant que dans les hautes cimes, la même ivresse et le même besoin de contempler les horizons infinis. Peut-être aussi la volupté de se mouvoir dans l'univers de l'altitude. Également l'impression inconsciente et persistante de braver un interdit sinon même de profaner un monde sacré. En tout cas l'exaltation de côtoyer la mort en solitaire.

Si les aviateurs pourtant dépendent de leur mécanique, les alpinistes quant à eux ne luttent qu'avec leurs propres forces. De même la vitesse des uns s'oppose à la lenteur des autres. Si le réflexe immédiat s'impose aux premiers, la décision mûrie est la loi des seconds.

Vivre dans ce royaume d'exception que constituent le monde aérien et l'univers de la montagne, c'est affirmer la parfaite maîtrise humaine sur un milieu privilégié. Les corps s'y allègent et les âmes se subliment. L'apesanteur libère et le sacré illumine.

Il paraissait inéluctable que les femmes se soient imposées dans une telle saga. Elles aussi ont fait oeuvre de pionniers. Comment oser dénier à nos compagnes le droit fondamental de s'affirmer dans la vie pour elle-même d'abord et à l'égard des hommes ensuite ? Non pas pour les imiter mais tout simplement pour mériter leur destin et peser d'un poids égal dans notre société. Comme pour la nature, il faut croire à cet équilibre naturel qui caractérise les communautés de vie majeure et qui est génératrice de progrès pour l'espèce humaine. Le courage n'est aucunement l'apanage des uns et l'insuffisance des autres. Il y a des héros des deux côtés. Pour ma part, j'admire autant les hautes figures féminines de la légende aérienne que celles ayant marqué par exemple la conquête himalayenne. Trop longtemps les femmes furent, et sont encore malheureusement, victimes d'une ségrégation de fait. Il est nécessaire qu'elles valorisent plus que jamais leur différence et actualisent leur potentialité. Pourquoi leurs entreprises étaient-elles, dès leur naissance, taxées de folie, d'imprudence pour ne pas parler d'incompétence, alors même que leurs compagnons étaient célébrés pour leur hardiesse et leur courage ?

L'histoire de ces femmes de l'air est pourtant à bien des égards admirable et même émouvante. Que de sacrifices ont-elles dû consentir pour devenir crédibles ! Une passion ne suffit pas pour convaincre. La plupart d'entre elles se sont obligées à accomplir les tâches les plus ingrates et les plus frustrantes. Dans le même temps il leur a fallu prouver leur détermination en s'illustrant dans des actions d'éclat. A l'évidence, et afin que cela se sache, la démonstration se devait d'être publique. A toutes forces il fallait mériter l'intérêt des mécènes et des constructeurs. Ne s'agit-il pas là d'un parcours du combattant ?

Ce n'est pas tout ! Si les records tombent, ils provoquent la concurrence et encouragent la compétition. L'exploit ici n'a qu'une valeur éphémère. A nouveau il faut se dépasser. Demain il sera fait mieux encore. La célébrité est un capital fragile. Sans outrance elle exige d'être entretenue, voire si possible d'être développée. N'est-ce pas là peut-être le thème central de ce livre amer par certains aspects mais admirable par d'autres ?

Au-delà de ces réalités qui sont autant de sources de méditation, il convient de féliciter l'auteur d'avoir pu rassembler autant d'informations, de souvenirs et d'anecdotes. De lui dire également la satisfaction extrême de lire un livre si bien écrit qu'il est en soi une véritable œuvre littéraire. Le phénomène est assez rare pour mériter d'être signalé. Maurice HERZOG

AVANT-PROPOS

Toute histoire de l'air fait état, dès la première page, des mythes et légendes ayant précédé la conquête de l'élément. Des mythes tel celui d'Icare qui, pour avoir enfreint une loi naturelle et méjugé de l'ardeur solaire, chuta du bleu céleste en celui abyssal de la mer Égée.

Symbole s'il en est du sort pendu aux ailes de qui prétend braver les dieux, l'exemple eût désespéré, n'était pour le rattraper l'échappée réussie de Dédale, père de l'infortuné, et, foisonnant autour, des légendes annonciatrices propres à enflammer les rêves de tout enfermé de la geôle terrestre. Et pour commencer celle assyrienne d'Etana, roi ou berger, discourant avec l'aigle sur le dos duquel il s'élève dans le ciel d'Anu, jusqu'à ne plus voir que la bille jaspée dont s'émerveille Jim Irwin, conquérant lunaire, cinq millénaires plus tard (James B. Irwin, astronaute américain (Appolo XV), le huitième à marcher sur la lune (1971)). Celle ensuite de Nemrod, roi-chasseur lui, battant ses terres de Babylonie sur un char attelé de grues cendrées. Et puis celle persane du puissant Kai Kaous, pérégrinant en palanquin de bois d'aloès porté par des griffons ; celle encore du mandarin Wan Tu trouant l'azur sur un trône à fusées ; enfin celles indiennes, polynésiennes, moyenâgeuses d'une flopée de « supermen » peuplant l'océan d'air au fond duquel rampent les non-élus.

De femmes, jamais question. A croire que jamais non plus ne les habitat le rêve obsessionnel qui sous-tend ces légendes ou que, prédestinées de nature à des tâches terriennes, elles s'y cantonnèrent, demeurant par là même étrangères au monde imaginaire vers lequel projetaient leurs chimères, espoirs ou mal de ciel, les nostalgiques d'un paradis perdu. Or il n'en est rien et l'on découvre en cherchant bien qu'elles furent de toute éternité partie prenante du grand jeu de la remontée. Peut-être même — qui le dira, qui le niera... — en furent-elles les instigatrices : Adam avait croqué la pomme, il volerait. Auquel cas, rien n'empêche de penser qu'elles attisèrent, un jour vestales le lendemain reines-soleil de cet univers onirique, le feu qu'elles avaient fait naître. Feu de survie si l'on cède aux mystiques — tout monde ayant les siens — et si tant est que la chute de l'ange doive connaître sa rédemption.

Quoi qu'il en soit, de leur rôle réel ou supposé et de sa dimension métaphysique, les témoignages sautent aux yeux, à moins de porter des verres fumés, de leur présence et représentation en cette quête ou reconquête. Témoignages protéiformes encore que sur thème unique lorsque palpables ou visuels : celui de la femme ailée. Profilée, frisant l'abstrait sur un sceau de bronze chaldéen, agenouillée, bras éployés lourds d'empennages, sur un pectoral trouvé à Saqqarah, ange et sirène aux flancs d'un cratère à figures rouges, style Polygnote, cette femme atteint au sublime avec Paionos dont la Niké aux formes voluptueuses s'élance vent debout. Conquérante. Émouvante.

Les écrits quant à eux — livres saints ou profanes, chants épiques ou sagas... — tiennent de la volière qu'il suffit d'entrebâiller pour que s'en échappent de mirifiques créatures libérées, par essence ou sortilège, de la pesanteur charnelle. Du coup, le ciel change de genre et la fête commence, conduite par Sémiramis, première Fille de l'air (Titre d'une comédie dramatique de Calderon de La Barca (1653)) pour s'être enfuie, portée par des colombes, du palais-prison où la retenait le prêtre Tirésias. Makeba, reine de Saba, qui d'un bon siècle l'a devancée, croise elle sur la mer Rouge, à bord d'une nef volante, cadeau d'adieu du puissant Salomon. Tandis qu'agrippée à deux torches « subtilisant » l'air ambiant, la tendre Canente volette sur le Tibre, à la poursuite de Pictus, son époux, changé en pivert par Circé, et que deux femmes aux ailes de cigogne gonflées par le vent traversent les vapeurs de la septième vision de Zacharie.

Remonter vers le froid, c'est risquer l'embouteillage, tant pullulent de femmes-cygnes les pages de l'Edda. Moins prodigue mais troublante est la légende des Prairies où des vierges chasseresses, venues de la lune ou des étoiles, fondent sur le Manitoba, se désaltèrent à ses fontaines, puis enlèvent, durant leur sommeil, les adolescents esseulés, laissant pour trace de leur passage un cercle calciné : celui de leur nacelle, OVNI avant la lettre. Venue, elle, du soleil, la princesse mère des Incas plane sur les Andes, de même que sur les Célèbes la divine Gawry, génitrice des Bantiks, laquelle dispose pour sa part d'une tunique ad hoc. Une membrane à côtes élastiques, pourvue d'ailes de chauve-souris, préfigurant celle des illuminés qui, harnachés de même, se voudront hommes-oiseaux.

Toujours en Indonésie, les nymphettes de l'île d'Aru se gorgent de rosée, comme une fusée de son hydrogène, puis s'envolent, « évaporées » par le soleil après s'être d'un geste — une aigrette entre les dents — autochangées en oiseaux-mouches. En Chine, la céleste Heng-O passe d'un bond de la terre à la lune, grâce au pouvoir des fleurs de tournesol absorbées à cette fin. L'Inde n'est pas en reste où Surya, sorte de Mars volante, guerroie sur un char triangulaire annonçant le Northrop B 2, dit furtif. Enfin Zorah l'enchantée, sa presque voisine, chevauche sur la Bactriane un Pégase aux ailes de lumière.

On pourrait, sans se répéter, faire autant de tours de ciel qu'existent de légendes à femmes. Mais trêve de celles-ci... Le temps passant, la science aidant et payant le labeur de chercheurs obstinés, le songe est devenu, voilà deux siècles, une réalité qu'entendent partager compagnes, filles et sœurs. Comme on partage, depuis l'origine, l'eau, le feu, le noir de la nuit et la splendeur des jours. Autrement dit, pleinement et non par le seul biais de la mode qui ne sait alors qu'inventer en matière de babioles, fanfreluches, frivolités, aussi diverses que brocart de Lyon, toile de Nantes, bonbonnières, boîtes à mouches, voire coiffures... Le tout dit « au ballon ».

Prétention folle... Un mur va l'endiguer, sitôt manifestée. Muret d'abord, muraille ensuite, faite pour durer, où pêle-mêle s'imbriquent, s'étayent, idées reçues, intentions louables, réflexes ataviques. Un vrai rempart qu'il leur faudra tourner, saper ou franchir d'un coup d'aile ou d'éclat. Comme autant d'océans, de nuits sans lune, de déserts. Au péril de leur vie jouée à pile ou face.

Femmes-alibis ou avatars d'une histoire qui, pour mieux les marginaliser, les parque en chapitres ou paragraphes tenant de la réserve ou du réduit, les conquérantes de ce mâle bastion semblent s'être fondues, figées, fossilisées, en un archétype hérité de l'entre-deux-guerres : celui de l'aviatrice — terme obsolète — casquée de cuir et de fatalité.

Servie et immortalisée par les gros plans de photographes célèbres et les hagiographies douceâtres d'auteurs étrangers au milieu, reprise par les médias — mal recyclées en la matière —, associée au vedettariat entretenu de « figures » hors jeu, l'image persiste, brillant d'un feu si vif qu'elle en éclipse, des merveilleuses aïeules volantes aux contemporaines galonnées, toutes celles qui se sont, corps et âme, vouées à l'air et de cette aventure ont assumé les risques, acquitté le tribut, vécu les grandes heures. De mère en fille et sans l'ombre d'une césure, des montgolfières aux vaisseaux cosmiques. De telle sorte que leurs accomplissements connus ou méconnus, fulgurants ou discrets, s'articulent en chaîne depuis deux cents ans.

Une chaîne dont les maillons initiaux sont français.


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