gonze toulousain évolué, Claude cache en premier lieu la souffrance d'une misère familiale et en second lieu son empêchement d'être navigant du fait d'une malformation cardiaque. C'est un gars bien, un type capable qui ne se prend pas au sérieux, exubérant ou sobre selon le moment, mais un jeune homme toujours réfléchi, mature et par ailleurs généreux.

Un matin, vers neuf heures trente, j'arrive au quartier général. Claude est déjà là, avec sa Panhard dyna X, bien entretenue. Il a entendu le roulement de la roue arrière gauche de ma quatre chevaux qui gémit. Rapidement il répond à mon bonjour sans me quitter des yeux, se baisse et remue la roue de ma bagnole..

« Dis donc Pierrot, le roulement de roue est mort. Il risque de chauffer, de bloquer la roue, faut pas rouler comme ça....! »

« Oui, je sais, je vais l'amener au garage... »

« On ne va pas au garage pour un truc comme ça, y'en a pour une bonne heure à démonter la roue et changer le roulement et son cache... Si tu veux et si tu as de quoi payer les pièces, on va chez le concessionnaire, et on fait le boulot ensemble... »

Et ça c'est passé comme cela, avec le gars Claude. J'ai pris une bonne leçon d'amitié active et à midi et demi, le problème était traité. Alors on est parti essayer la voiture. Ensuite, on est allé déjeuner ensemble.

Gérard Monier (promotion 1948/1951), de taille moyenne, toulousain lui aussi, cheveux châtains, coiffés en brosse, pas trop courts, porte une sympathique bouille. ronde et offre, pour le contact, un regard avenant, confiant et comme étonné, d'un gamin qui, aurait réussi à s'échapper du quartier des Minimes et veut croire en son destin. Mais si une discussion sérieuse vient à s'établir, son regard calme et ses propos réfléchis, ont alors la prudence et la mesure d'un paysan du Lauragais.

C'est qu'il a déjà roulé sa bosse, mon ancien de trois ans. Après Vilgénis, il a débuté au Centre de Révision d'Orly, concerné par le lock-out qui a suivi les grèves de fin quarante-sept et l'agression de Didier Daurat. Devançant l'appel, il s'est, rapidement, engagé dans l'armée de l'air, au Bourget, avec l'objectif de devenir pilote. Envoyé sur la base de Cazaux, il travaille quelques mois sur le célèbre chasseur P47 thunderbolt, avant d'être muté à Marrakech, alors protectorat français, où il bénéficiera d'un entraînement en vol sur North American T-6. Mais c'est sur la base 702 d'Avord, dans le Cher, (première base aérienne française), après quelques vols sur deux Siebel abandonnés par l'armée allemande qu'il sera breveté sur le tout récent Dassault MD 312 Flament.

Et il s'est débrouillé pour intégrer en auditeur libre, un stage Air France de formation PL (Pilote de Ligne). Avec mérite et chance d'avoir été autorisé à participer au stage en cours, il décroche, son brevet de Pilote Professionnel et sa qualification de vol aux instruments (IFR/ Instruments flight rules)

Décontracté, au volant de sa quatre-chevaux verte, il arrive de sa piaule de Gommonvilliers, petit bled situé près d'Igny, où il a établi ses quartiers à l'hôtel Beau site. Toujours bien sapé, chemise et pantalon beige clair de l'armée, impeccablement repassés, Gérard qui observe alors une certaine rigueur militaire, ne déteste pas un petit blouson de pilote qui lui va fort bien. Mon imagination va jusqu'à l'imaginer, au cockpit d'un avion, dans un film hollywoodien d'après-guerre...

L'alpha et l'oméga pour Gérard Monier, réside dans le mot copain. Toute sa vie sociale et son organisation portent l'empreinte de ce mot. J'ai appelé untel, tu le connais, c'est un copain... Hier il y a un copain qui m'a téléphoné...Là, ne t'inquiète pas, on va appeler ce mec, c'est un copain... Ouais, je le connais, c'est un de mes copains … on s'est connu à Casa... Pierrot, oui, je connais bien, il est de Toulouse... c'est un copain ce meg...

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