AU DELÀ DES BOUCHURES
Le seul fait d'exister est un véritable bonheur...
L'auteur de cette affirmation c'est Frédéric Louis Sauser alias Blaise Cendrars, l'aventurier voyageur qui, amputé du bras droit, a écrit Bourlinguer, de sa seule main gauche... (Suivez mon regard...)
Encore faut-il en avoir terminé avec l'hôpital, le sanatorium et la post-cure, avoir retrouvé emploi à Air France, et agréable logis chez Madame François... ai-je ajouté mentalement, mi-souriant, mi-inquiet, lorsque j'ai découvert l'écrivain, par mon abonnement au Club du Livre du Mois.
Et c'est bien mon cas de jeune homme, qui a vendu son scooter et a acheté, à un garagiste ami de son père, une quatre chevaux Renault, (certes d'occasion, mais en très bon état), et qui savoure sa nouvelle vie, avec une équipe de copains.
Le groupe a pour quartier général Paray-Vieille-Poste. C'est devant ce grand pavillon d'angle, avec étage, de la rue Pierre et Marie Curie, en cours de rénovation, qu'habitent Jacques Rabbe, (ancien de la légendaire première promotion 1947/1950), son épouse Édmée et leur petite fille Martine. Souvenez-vous, Jacques Rabbe c'est celui dont René d'Étienne, le professeur de français à Vilgénis, avait distingué la composition dessinée sur Le ventre de Paris.
Le gars Jacques n'est pas très grand, porte de fins cheveux bruns, une forte tête ronde éclairée de deux grands yeux noirs, avec d'épais sourcils, qui donnent au regard du chaleureux mais aussi du sérieux et de la détermination. Tout n'a pas été rose dans son enfance, mais l'école de campagne puis l'École .Nationale .Professionnelle et l'apprentissage à Vilgénis ont tout sauvé... Au travail, le petit râblé, c'est un sobre voire un taciturne, à la fois manuel à l'aise et intellectuel masqué. C'est de la pâte de très bon. D'ailleurs, Il a déjà gravi l'échelle sept, piaffe de faire mieux et ne s'interdit aucun domaine d'avenir. Quand il quitte le chantier d'une pièce de sa maison, qu'il abandonne la truelle et le tournevis, c'est pour se plonger dans l'étude de l'énergie atomique.
Édmée, sa vaillante épouse est un cas. Pas de diplôme, mais de l'intelligence et de l'impertinence à revendre, véhiculées par une gouaille imagée, un œil narquois en amande, complétées par la rigueur et la sensibilité qu'expriment un nez rectiligne aux ailettes frémissantes. À regarder de près, elle est jolie la môme, mais ce n'est pas le plus important et, en tous cas, pas ce que l'on retient d'elle. Edmée c'est une fleur sauvage, poussée sur une friche de banlieue et un cœur d'or. Elle aime son doué et grognon de mari, mais veut jouer sans complexe dans la cour des hommes. Elle apprécie ses potes, mais est toujours prête, en cas de nécessité, à éjecter à coups de lattes dans le derche, le premier qui viendrait à lui manquer de respect.
Avec sa sœur, en semaine, elle travaille aux galeries Lafayette. Et, le samedi midi, selon la grosseur du gigot de mouton ou du rôti de bœuf qu'elle a acheté, elle nous retient à déjeuner. Et là, c'est gala. Cette petite bonne femme d'un an de plus que moi, nous régale, et pas seulement avec la bouffe. Volubile, elle anime la conversation d'anecdotes pleines d'humour. Distribués sans méchanceté, les qualificatifs s'envolent étiquetant les uns, caveçonnant les autres avec brio...
Édmée c'est du dessin animé en paroles. Jacques, attentif, sérieux sert généreusement à boire. L'ancien attend le moment propice pour amener un sujet technique plus ardu certes, mais toujours intéressant et là, avec plaisir, on continue d'apprendre.
Celui qui m'a invité à rejoindre le groupe de Paray, c'est le petit Claude Vigne, avec qui j'avais sympathisé un jour à Vilgénis que j'ai retrouvé un jour, alors que nous assistions à un match de ru(g)by à Athis-Mons. De petite taille, son front haut, et son intense regard d'un bleu acier semblent vouloir excuser un nez légèrement difforme. Sous des dehors enjoués de jeune
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