AU DELÀ DES BOUCHURES
Transporté à l'hôpital de Juvisy, notre pote s'en est bien sorti avec quelques transfusions.
Dix jours près, il était sorti d'affaire et s'appuyant sur nos déclarations plus ou moins intelligentes, il a repris le moral :
« Mon vieux Marcel, vouloir foutre sa vie en l'air pour une pouffiasse,....on n'a pas idée... Ben, merde, Marcel, un type comme toi, observateur, conscient, belle prestance, bagnole … Ah, non, imagine toi de vivre avec une nana sans cœur... c'est pas possible... Heureusement qu'il n'y ait pas eu de suite...Au fond tu l'as échappé belle... Et puis tu sais, les filles, tu donnes un coup de pied dans un réverbère, il en sort une douzaine... »
Marcel a cru plus ou moins tout ce qu'on a dégoisé, mais de voir les copains s'occuper de lui, et Édmée lui faire la bise, ça l'a regonflé. Et la vie a repris son cours comme avant...
Pour fêter ça, on s'est retrouvé tous, au restaurant.
Qu'est-ce que je fais avec cette équipe ? C'est vrai que les copains, ça remplace un peu la famille... Je suis heureux avec eux, même si je pense souvent que je ne fais pas le poids devant leur maturité et l'avancement de leur carrière. Mais on passe de bons moments... et avec eux je vis et j'apprends !
Ainsi, un samedi, à la fraîche, Jacques, Claude et moi, on est parti en Saône et Loire. On est allé voir une vieille tante à Jacques, sœur de sa mère décédée. Pour motif familial a dit le petit râblé. On a utilisé la Panhard de Claude. Il m'ont laissé le volant pendant deux cents kilomètres. On a fait près de quatre-vingt-dix de moyenne... Durant le dernier quart d'heure de route, Jacques a renouvelé ses informations et son invitation à la prudence :
« Ne soyez pas surpris, la vieille, c'est pas une facile, il se peut même qu'elle nous envoie chier, si elle est mal vissée... Au fait, elle s'appelle Euphrasie, ma tante... »
L'arrivée dans cette ferme du maçonnais a eu lieu autour d'onze heures trente. La tante a attendu qu'on soit descendu de voiture avant de sortir de sa cuisine. Jacques, Claude et moi avons gentiment salué l'Euphrasie. La tante porte un foulard sur la tête. Le visage est tanné, long, amaigri, et bien que caché derrière des verres double foyer, les yeux scrutent, pèsent et soupèsent le trio :
« Vous êtes au complet, y en n'a pas d'autres dans la voiture … ou de cachés dans le coffre ... Bon, ben j'vais voir pour vous nourrir à déjeuner, mais revenez dans une heure que j'ai l'temps de me r'tourner...? »
Puis s'adressant à Jacques :
« Toi, le Jacques, j'te verrais plus tard, car faut qu'on cause, nous deux... »
« Bon, ben j'fais visiter les lieux en attendant... »
Depuis les champs jusqu'aux étables, Jacques nous a fait faire la visite du propriétaire, tout en nous expliquant que l'accueil de sa tante était plutôt favorable et qu'avec un peu de chance on allait bien manger... Une heure plus tard, affamés comme des avale-tout-cru, on est entré dans la grande et superbe cuisine campagnarde de la tante. Humble, mais gardant pour elle le bout de table, la vieille dame nous a installé, en répétant qu'elle avait fait c'qu'elle avait pu. Et l'Euphrasie, menue, fatiguée, l’œil aux aguets, mais progressivement fière, et regardant son neveu, nous a déroulé sans façon, mais avec une pudeur de jeune fille, son repas :
"Terrine de lapin maison, avec beaucoup de thym et un peu d'origan ...Oh, ça vaut ce que ça vaut... Canette de la ferme, … qu'à pas mangé de granulés … et rôtie au four avec du beurre... avec
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