Effectué debout dans le couloir, avec un minimum de conversation, le voyage vers Paris me sembla long et fatigant. Ce fut le cas également pour ma « belle-mère » qui avait effectué, le même jour, un double trajet. À cet égard, je tentais de lui montrer de la considération pour son geste. Une réponse à courtes phrases successives me fit comprendre qu'elle avait bien été obligée de faire ce voyage (sous-entendu dont elle se serait bien passé) puisque mon père était dorénavant occupé aux achats de porc frais et aux fabrications des produits, du commerce de charcuterie qu'il venait de redémarrer sur trois marchés de banlieue.

L'arrivée, à grands bruit d'annonces, dans une gare d'Austerlitz bruyante et à la propreté moyenne, l'utilisation d'un métro dans lequel on ressentait comme une agression cette odeur âcre, à la fois industrielle et sociale, synthèse des efforts journaliers du moyen de transport et de la peine des milliers de passagers, et la dernière étape de bus entre Charenton et Maisons-Alfort, rue de Flandre, achevèrent de me fatiguer.

Le souvenir du village que je venais de quitter, ses habitants, les paysages et les odeurs de mon enfance constituaient encore ma seule référence et la comparaison avec les seuls premiers éléments parisiens demeuraient, de mon point de vue, à l'avantage de ma campagne. Contrairement à Eugène de Rastignac, dont je ferai connaissance quelques années plus tard, sans ambition aucune, j'abordai alors Paris et sa banlieue comme une peine à accomplir et le désir de m'en échapper un jour...

Bien que parisien de naissance, né dans le quinzième arrondissement, je ne savais pas encore quels beaux jours la capitale offrirait, le moment venu, à son tour...

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