AU DELÀ DES BOUCHURES
moins en moins entretenu, pour tracter le chaland. J'y avais aperçu les mariniers et étais demeuré longtemps à imaginer leur vie au fil de l'eau... et les contraintes scolaires pour les enfants..
Je pensai alors à ma belle-mère, fille de mariniers, qui n'avait pas eu la chance d'une fréquentation scolaire suivie, et j'en éprouvai de la peine. Dans ces instants, je l'imaginai à bord, encore enfant et mentalement l'appelai par son prénom Andrée.
Par ailleurs, mes tentatives d'avoir quelques copains, avaient été contrariées par l'attitude distante voire méfiante d'Andrée.
De l'autre côté de la rue, dans un coquet pavillon habitait un jeune homme de mon âge qui fréquentait un lycée. Il m'avait invité sans façon chez lui et sa mère, jeune dame gentille et jolie nous avait servi quelques tartines et gâteaux pour le goûter. Informée par mes soins, ma belle-mère, contrariée s'était offusquée d'une curieuse façon :
« Mais tu ne te rends pas compte, son père est médecin, avec les moyens qu'ils ont, on ne peut pas fréquenter ces gens là... »
Une autre fois, revenant de la rive gauche de la Marne, passant devant une propriété dont le portail était largement ouvert, j'y avais observé une bande d'une demie douzaine de jeunes de mon âge, devisant raquette à la main autour d'un terrain équipé d'un filet. J'attendis quelques instants espérant les voir jouer au tennis. C'est alors qu'une petite fille vint vers moi, et croyant sans doute que j'étais invité m'engagea à rejoindre les autres, auprès du court. Je fus accueilli gentiment et, après avoir indiqué que j'étais là par hasard, je précisai que j'étais arrivé à Paris récemment. Le groupe écouta sans manifester de surprise. La gentille petite fille me précisa que le groupe se réunissait tous les samedis après-midi, que je pouvais venir les rejoindre, mais que je devais me procurer une raquette.
L'esprit quelque peu échauffé à l'idée d'apprendre à jouer au tennis, j'ai rejoint le domicile familial. Surprenant une fois de plus mon père et sa compagne, j'entrepris de raconter la scène vécue l'après-midi et d'évoquer une raquette. Mon père jugea, à juste titre, qu'il n'avait pas les moyens de me permettre de jouer au tennis, sport exigeant une formation coûteuse avec moniteur. Sa compagne ajouta que je ne me rendais pas compte. Elle avait peut-être raison.
Par ailleurs, ma belle-mère semblait vouloir maîtriser certains domaines. Elle portait un soin attentif à ma propreté physique. La surveillance attentive sous laquelle, elle plaçait mes toilettes journalières et le « grand nettoyage » hebdomadaire avait fini par avoir ma sympathie. Concernant la coupe de cheveux, avec l'assentiment de mon père, elle m'infligea, rapidement, contre mon gré, la coupe en brosse, seul choix, de son point de vue possible, pour un gosse de mon âge.
Elle organisa ma communion solennelle et m'inscrivit pour la colonie de vacances organisée, par la paroisse de Charentonneau, et prévue dans une propriété proche de Poitiers. Ainsi, après ce séjour pas trop coûteux, je pourrais retrouver mes grands parents, ma tante Alida et son époux.
Bien que je sois très satisfait de cette disposition, il ne m'échappait pas qu'Andrée se « débarrassait » de moi pendant cinq semaines.
Pour la cérémonie religieuse, j'eus droit à un costume gris-bleuté de qualité, acheté dans le renommé magasin Latreille de Paris. Sans prendre en compte la croissance d'un enfant, ma belle mère avait, à cette occasion, précisée que le port d'un costume de ce prix serait ensuite réservé aux seules grandes occasions.
Les invités, tous adultes, fêtèrent le communiant et eurent droit à un excellent repas préparé par mon père, accompagné de crus renommés de chez Nicolas. Un moment seul dans la cuisine et donc hors des regards, j'ai goûté le « Vieux Papes incandescent » dont le degré d'alcool, le manque de fruit et la finale seulement alcoolisée m'avaient déçu. J'en fis la remarque à mon père à qui je rappelais la qualité des vins simples que nous avions goûté chez les Peignant... rappelant, à mon père, le souvenir de son village, je savais que je détournais son attention tout en le rapprochant de moi...
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