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AU DELÀ DES BOUCHURES
« Je crois que ce coup-ci c'est bon... Kientz t'en parlera lui-même... il va te faire signe sans tarder... »
« Oui, mon vieux Manigault, je te redis tous mes remerciements, mais c'est trop tard... »
« Trop tard, que veux-tu dire ? »
« Eh, ben, j'ai trouvé un poste de chef d'équipe chez Euralair, au Bourget... du coup, j'ai envoyé ma lettre de démission d'Air France... Elle a été postée dimanche... Ils l'auront mercredi, donc demain..... »
Je ne sais quoi répondre... Intérieurement, j'ai envie d'exploser... Je comprends que tout est terminé, et que « ma mission » s'arrête là.
Roussel est calme, apaisé, en fait libéré d'une situation devenue insupportable pour lui...
… je l'ai su dès le début, le fatum... Abattu, je rejoins Kientz dans son bureau :
« Roussel, vous savez quoi... il vient de donner sa démission d'Air France.... »
Kientz reste calme mais plisse les yeux, puis fait une sorte de moue, enfin esquisse ce qui se veut un sourire :
« Un peu surprenant, certainement dur à avaler pour vous, mais après tout, vous avez fait le job et c'est cela qui compte... »
Il y a des jours ou tout ne va pas comme on voudrait... une grande déception... orgueil blessé... et tristesse. Ai-je eu raison de m'occuper de cette affaire... ?
Je livre ci-après mes commentaires :
- J'ai eu, dès après connaissance de l'erreur puis la faute commises par Roussel, le sentiment que cette erreur et donc cette faute n'aurait pas été commise si Roussel était allé informer son contremaître, Albert Dougnat, de la situation. Or, s'il ne l'a pas fait, c'est parce qu'il ne se sentait pas à l'aise pour aller expliquer la situation. Non point que le contremaître fût mauvais homme, mais parce que le niveau d'empathie et de confiance n'était pas établi entre eux. En effet, si je considère normal le maintien d'une certaine distance hiérarchique, je pense qu'un commandement véritable doit être proche des hommes, savoir reconnaître un droit à l'erreur et garantir, dans la clarté, une certaine ouverture dans le traitement des situations délicates.
- Cette situation relevait à l'époque, de la condition très particulière des metteurs au point appelés, de façon durable, mais sans formation au commandement, à exercer, moyennant une prime mensuelle, le rôle très difficile et parfois ingrat de chef d'équipe.
- Aussitôt après la sanction de cette affaire, j'ai été étonné du peu de réaction sur chaîne. J'aurais aimé, non pas entendre justifier son comportement, mais un peu plus de sympathie manifestée... et que l'on cherche non pas à excuser mais à comprendre le fond des choses. Or, cette préoccupation humaine n'a pas eu lieu, s'agissant d'un chic type et d'un professionnel de qualité.
Par ailleurs, Roussel n'était pas syndiqué....
- Pour toute faute commise, je demeure convaincu, que dans le cas d'un parcours professionnel de qualité, il doit y avoir dialogue avec la hiérarchie, maintien de la sanction, mais perspective de remise de faute à terme.
- La mise en place à un poste de commandement même de premier niveau doit faire l'objet d'une formation spécifique.