Et me voilà à nouveau devant mon chef, pour la sixième fois, à faire tourner le cas Roussel, avec un Kientz qui suit de mieux en mieux mon... manège.

Alors, j'essaie de faire de mon mieux :

« Monsieur Kientz, je vous confirme que l'aide de Roussel m'a été précieuse. À l'occasion du travail de préparation, j'ai pu trouver confirmation de ses qualités professionnelles, mais en plus j'ai découvert sa rigueur et son esprit méthodique concernant l'utilisation des documents, donc une bonne capacité d'analyse, de synthèse et même d'ordonnancement qui en font un potentiel agent de chaîne ou d'échelon central.... J'ajoute qu'à l'échelon central, il serait souhaitable de mettre ce type de profil … »

Kientz reste calme. Il semble de mon avis, sans souhaiter le laisser trop percevoir. Il est cependant sceptique, et choisit de me la joue laconique :

« Merci de vos informations, on va regarder tout ça à nouveau … »

Je retiens que je suis sur la bonne voie. J'en profite

« Merci pour lui... Au fait, je vous exprime une demande de prime pour Roussel, prime dont, si vous le permettez, je souhaite le montant significatif, et la lettre d'accompagnement utile pour la suite. »

« Effectivement, je n'y suis pas opposé... ! »

La demande en deux points reçoit une suite positive.

Début septembre mil neuf cent soixante-quatre, l'affaire Roussel prend donc un tour plus favorable. L'intéressé semble satisfait de la tournure que prennent les événements, mais demeure sensible et très attentif à la suite. Je lui explique que ce genre d'affaires est, à ce stade, liée à la disponibilité d'un poste à l'organigramme. Lui, ne connaît rien de cette obligation qui pour lui ressemble à de la cuisine... cuisine.

J'attends la mi-décembre pour en reparler avec Kientz et relance l'idée d'un poste à la préparation. Mon chef m'indique que l'affaire suit son cours, que l'idée de mettre Roussel à la préparation, soit à l'échelon central, soit au Lancement est désormais dans l'esprit du Commandement, mais qu'il faut encore attendre une opportunité. Au printemps, je pense...

Je ne parle pas à Roussel de cette septième entrevue avec Kientz.

Je me suis promis de ne pas en reparler avec Kientz avant fin mars.

En fait, c'est lui qui m'informe le second mardi de mars :

« Au fait, pour votre gars Roussel, c'est bon... Je vais le recevoir rapidement... On va le mettre en place, le vingt-neuf mars, à l'échelon central, en vue de le reclasser, ultérieurement, en catégorie trois. »

« Je peux lui dire au moins que vous allez le recevoir... ? »

« Oui, mais pas plus pour l'instant... »

Le temps de déposer mes documents, et je fonce aux sous-ensembles, la mine réjouie.

Roussel, me voyant débouler, m'accueille calmement.

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