Définition

Les doctrines eudémonistes (adeptes de l'eudémonisme1) ont assigné pour fin à la vie humaine la recherche du bonheur. Le but que toutes les écoles de philosophie anciennes, de l'école stoïcienne à Platon, c'est d'atteindre à la vie heureuse. Les divers systèmes proposés se distinguent par la définition du « souverain bien », mais aucun ne le sépare du bonheur.

Tous les philosophes anciens identifient le bonheur et, au sens moral, la vertu ou tout au moins les considèrent comme coïncidant nécessairement. Cet accord entre la notion de bonheur et la Morale, au niveau de la définition, est a priori chose agréable à constater.

À travers ce qui suit, nous éliminerons donc, comme élément éventuel de bonheur, les plaisirs, ou tout autre sentiment susceptible de satisfaire nos seuls sens, pour ne retenir que ces sentiments plus profonds que procurent les plaisirs de l'âme et de l'esprit.

Nous distinguerons une conception métaphysique qui identifie le bonheur avec la béatitude et une conception empirique du bonheur, cette dernière ne rejetant pas nécessairement la première conception.

La Béatitude

Le bonheur dit Platon, est la conséquence naturelle de la vertu, parce que celle-ci est le bien naturel de l'âme. Aristote désigne lui-même le bonheur comme la finalité de l'homme, considérant que la vertu consiste, pour chaque être à accomplir « l’œuvre » qui lui est propre (plénitude d'une vie, plein épanouissement des capacités...) et trouver en cela, la joie la plus élevée.

Épicure lui-même fait consister le bonheur dans la tranquillité de l'âme. Telle est selon lui, la vraie félicité, dans le silence des organes (la santé) et la paix de l'âme. Quant aux stoïciens, ils posent en axiome de leur morale, que « le sage seul est heureux … »

Les métaphysiciens modernes, semblent s'exprimer de même de Millebranche à Leibnitz. Spinoza va plus loin : il ne considère pas la béatitude comme la récompense de la vertu, il l'identifie à la vertu elle-même. Cette béatitude ne consiste en rien d'autre qu'en l'amour intellectuel de Dieu. À ce stade le bonheur est une sorte de silence, ou une sorte de paix de l'esprit après sa maîtrise du temporel, voire sa victoire sur ce temporel.

Cette conception du bonheur se distingue donc fortement du bien sensible. Il s'agit plus de cet état idéal de sage qui atteint par ce stade de béatitude, l'expression de sa propre finalité.

Mais le bien perceptible n'est-il pas le bien sensible de l'âme ? S'il y a différence, procède-t-elle vraiment de la conception ou de la mutation au niveau du récepteur spécifique qu'est l'âme humaine ?

Autant de choses, qui à l'échelon de l'individu, relèvent d'une sorte de « prédestination », plus ou moins « éduquée », il est vrai. Et cette notion métaphysique sous-jacente confirme bien l'identification du bien, de la vertu et du bonheur ainsi conçu.

Le bonheur sensible

Beaucoup de nuances peuvent se manifester et se prétendre au sujet de cette seconde définition.

La conception empirique qui voudrait que le bonheur ne soit qu'une somme de plaisirs ne peut être retenu. Expérimentalement même, elle ne nous paraît pas fondée.

De toute façon, elle réclame à brève échéance un « support artificiel » trop important pour que le mot bonheur, qui s'accorde avec le mot paix, conserve son sens initial. Notons que cette conception rejoint celle du vulgaire qui admet difficilement qu'on puisse, à l'instar de Musset, être heureux lors de tel état de souffrance... Encore conviendrait-il de se mettre d'accord sur la notion de

 - 197 -