AU DELÀ DES BOUCHURES
souffrance et replacer ce terme dans le contexte épreuve et temps auquel il se rattache. Il y a cependant là, une relation avec le psychisme individuel qui nous conduirait à de trop importantes recherches !
Les eudémonistes ou hédonistes (dont les épicuriens) n'ont cependant pas exclu entièrement les plaisirs physiques : « Je ne saurais, dit Épicure, quelle idée je pourrais me faire du bien, si je supprimais les plaisirs du boire et du manger ». À notre avis, il est aisé de justifier cette autorisation, tout en la limitant. Les lois de la morale, de la physiologie et de l'hygiène aboutissent, dans bien des cas à une synthèse. Par ailleurs, ce plaisir, au niveau physiologique, la nature le permet souvent, le justifie parfois, mais n'autorise pas à en abuser. Là encore, la notion de mesure apparaît. On peut même affirmer qu'une sorte d'égalité d'action et de réaction ou de feed-back se manifeste pour informer notre conscience raisonnable, au cas où l'âme ne s'en préoccuperait point... En posant, en hypothèse, l'existence d'une limite, elle aussi perceptible, il n'y a donc pas contradiction automatique.
J. Suart Mill a défini le bonheur comme une vie aussi riche que possible en plaisirs, au double point de vue (voire à la double exigence) de la qualité et de la quantité. Ces deux mots sont en soi, une limite a priori et de toute façon. Mill, considère aussi que les meilleurs moyens d'atteindre le bonheur sont le désintéressement et la vertu (ce mot, au sens latin, intégrant morale et courage).
À ce propos, il convient et nous paraît particulièrement intéressant de souligner le mot « désintéressement » qui illustre et résume magnifiquement la thèse du « donner et recevoir ». Cela ne va pas sans une notion d'équilibre, dans un double flux permanent d'échanges, sorte de respectives « convections de charges ». On peut alors concevoir que nous ne sommes pas créateurs en matière de bonheur, mais récepteurs bénéficiaires plus ou moins autorisés ou en état d'accueillir...
L'on peut se représenter le bonheur d'une façon statique et prudente. C'est d'une certaine façon la conception d'Épicure. Apparemment, il y a là, une conception presque mesquine, d'une « petite sagesse calculée » du bonheur : elle est à priori celle des gens las et découragés ou malades qui n'ont plus d'espérance. À ce stade, il s'agit presque d'une coexistence pacifique avec le malheur ! Alors, vaut-il mieux qu'il en soit ainsi pour l'équilibre d'une majorité d'individus et donc pour celle de l'ensemble ? Serait la seule béatitude accessible à une majorité ? Je me garderai bien de conclure. Et pour autant que les forces de l'esprit et du jugement soient, chez certains annihilés, il ne convient cependant pas de railler cette optique qui ne nous satisfait pas.
Par rapport à la définition précédente, il existe une autre conception, dynamique elle, du bonheur. Le moraliste Bersot écrivait « Osons dire la vérité sur le bonheur : l'homme est un être vivant, son bonheur est donc de vivre et la vie est un mouvement, donc un effort, un regret et une espérance. »
Bersot rejoignait Pascal : « Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses... »
L'exemple des grands hommes (Napoléon, Saint-Paul par exemples), pour qui le mot fin n'existe pas, et qui ne trouve le bonheur que dans l'action est assez convaincant. Mais cette conception dynamique du bonheur qui sied aux âmes fortes, révèle aussi le point faible de nombre d'être humains à la recherche d'un parfois difficile équilibre dynamique d'entretien fort relatif.
« Comment avez-vous pu réaliser tant de choses dans votre vie », demandait-on à une personne comblée sur le plan des réalisations et de la carrière. La réponse la plus franche arriva : « Le problème fondamental de mon existence a été de lutter contre l'ennui, ses travers et le risque de dépression.... ». Certes, les esprits curieux ne peuvent partager cette angoisse existentielle...
Mais, il est certain que cette conception est souvent proche de la condition humaine. Le bonheur est aussi acte de foi. Il s'identifie par actions renouvelées et courage, et ne peut subsister sans une certaine exaltation de l'âme. En cela, il est fortement positif.
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