AU DELÀ DES BOUCHURES
De Choisy-le Roi à l'aéroport d'Orly, d'où j'emprunte l'autoroute du sud, puis le périphérique pour rejoindre, chaque matin, Boulogne, et la rue Heyrault, je pratique donc désormais journellement ce que dans un langage de pionnier — associant hâtivement Errol Flynn à une pseudo conquête de l'Ouest parisien, — j'ai nommé la piste de Santa-Fé.
Comportant quatre niveaux avec le sous-sol réservé au personnel du Centre, le bâtiment dispose au rez-de-chaussée, outre d'un bureau d'accueil, de plusieurs salles de cours et d'un amphithéâtre. Au premier étage sont installés les bureaux de la direction, d'une demi-douzaine de permanents et une grande bibliothèque. Répartis entre le premier et le second étage, se trouvent les boxes de travail, d'une promotion de 48 personnes réparties, en fonction des résultats des épreuves de sélection, en six groupes. Ces groupes sont repérés 1-1, 1-2, 1-3, 2-1, 2-2, 2-3, ce dernier groupe étant censé avoir eu les meilleurs résultats à l'examen d'entrée.
Le CESI, dont les étudiants du cycle de formation ingénieurs, âgés de 25 à 45 ans, proviennent de divers secteurs de l'industrie, a ceci de commun avec Vilgénis, que les « élèves », issus d'entreprises différentes, ont également des origines géographiques diverses. Ainsi dans le groupe 2-3 auquel j'appartiens, on trouve représentés : Renault/Seine maritime, Métallurgie/Tarn, Numérique/Angers, Chimie/Alsace, Construction automobile/Seine maritime, Chantiers maritimes/Loire atlantique, la SEITA/Orléans, Transport aérien/Région parisienne. D'autres entreprises et des candidats individuels forment les autres groupes.
Rencontre dans le box. Échanges sympathiques. Présentation des parcours scolaire et professionnel de chacun. Plage d'âge du groupe 25/35 ans. Cinq d'entre nous ont déjà fait maths générales 1 et 2.
Regards complices et rassurés, puis silence accueillant un inévitable retour au naturel : chacun pèse chaque autre, retient une évaluation et tente de rassurer sa libido.
Réunion générale. Présentation des permanents. Puis, distribution des trombinoscopes, programme hebdomadaire, des livres et livrets divers. Repas de bonne qualité, à la très propre cantine du centre d'apprentissage de Renault. Assurance d'un repas journalier tout à fait convenable.
Dès le début d'après-midi et durant toute la première semaine, présentation des professeurs (cours en salles par demi-promotion) et répétiteurs (séances dans chacun des box). Les exposés faits par les animateurs et/ou experts extérieurs auront lieu, devant l'entière promotion, dans l'amphithéâtre.
Les premières figures d'enseignants s'installent dans notre esprit. Thilliez, aimable jésuite de haut niveau culturel, conduira avec bienveillance et détermination l'enseignement des mathématiques tout en mettant l'accent sur les mots divers dont nous souffrons. Madame Saur, souriante petite bonne femme, aux jolis yeux marrons, s'appliquera, avec talent, à nous enseigner un langage anglais très « cup of tea », auquel je me fais un plaisir d'ajouter tous les mots américains, techniques ou non, de mes modestes connaissances. De haut niveau et rôdé à tous les contorsions de l'esprit, également sarcastique, et brave homme, notre retraité répétiteur de Mathématiques nous met, deux fois par semaine, en difficulté avec des exercices qu'il puise dans sa mémoire et résume, pour nous épater, sur le ticket de son parcours métropolitain.
Bien avant le spécialiste de la métallurgie qui révélera les limites de nos connaissances et parfois celles de notre intelligence devant la pourtant règle élémentaire dite « des segments inverses », celui qui, dès la première quinzaine, mettra le plus rapidement à nu les beaux esprits de notre petit monde à vocation savante sera le professeur de physique.
- 202 -