VILGÉNIS: CENTRE D'INSTRUCTION D'AIR FRANCE,
… ou la voie noble de l'apprentissage aux métiers de l'aéronautique.
(Domaine de Vilgénis, commune de Massy, septembre 1949/juillet 1952.)

C'est dans la toute dernière acquisition de mon père, une Peugeot 203 toute neuve, et accompagnée de Ginette dont le retour à l'école a lieu une semaine plus tard, que le cinq septembre mille neuf cent quarante neuf, aux environs de huit heures, après autorisation donnée pour stationnement intérieur par le gardien Trovel, je franchis l'entrée du domaine.

Mon père me remet ma valise contenant le trousseau exigé et m'invite à avoir du courage pour ma nouvelle existence d'apprenti en internat. Ginette, petite bonne femme en herbe, si naturelle avec moi, me serre dans ses bras, puis me confie qu'elle m'écrira au moins une fois par mois. Je les quitte en esquissant un sourire...

C'est une émotion de double nature qui me parcourt en descendant le chemin qui doit me conduire aux bâtiments d'internat et de scolarité. D'une part, le parfum de ma cousine et son étreinte franche lors de notre séparation, ont déclenché en moi un trouble qui incite mon esprit à vouloir prolonger la douceur de mes derniers jours de vacances. D'autre part, le paysage qui s'offre progressivement à mon regard et impose peu à peu la réalité de mes nouvelles conditions de vie et d'études, m'invite à chasser cette agréable rêverie qui n'est évidemment pas de mise.

La découverte des chalets en bois, aux fonctions de dortoirs, de cuisine et réfectoire, et de salles de cours, et l'aperçu du château et de son parc, me rassurent d'emblée. Ce plan de masse rigoureux mais aéré, établi sur fond bucolique me convient. C'est donc assez décontracté que je découvre la chambre de douze lits et ses premiers occupants. Puis la chambrée, au complet, est invitée à aller chercher draps et couvertures afin de faire des lits impeccables... et chacun, à ranger correctement ses affaires dans un placard personnel installé au-dessus de la tête de lit.

Et, en cette ensoleillée matinée de septembre, cette opération déclenche soudain dans le chalet des premières années, les commentaires, quolibets et rires de soixante et un élèves/apprentis originaires de tous les coins de France y inclus Corse et territoires d'outre mer qui font ainsi connaissance. Accéder, en une seule matinée, à l'ensemble musical des accents toulousain, marseillais, chtimi, corse, franc comtois, breton, bourguignon, et réunionnais, en plus de l'accent parisien, fut pour moi un plaisir, ne serait-ce qu'en imaginant les imitations possibles. Après avoir connu ce petit coin du Berry, j'avais découvert, au moins partiellement, Paris et sa banlieue, il me semblait, qu'aujourd'hui, d'une certaine façon, je découvrais la France. Et cela convenait à ma curiosité sociale.

Avec mes quatorze ans récents, j'étais parmi les trois plus jeunes. J'enviai ceux, qui plus âgés , avaient acquis taille et allure d'adolescents, et plus encore ceux à qui la barbe poussait déjà. Dès les premiers jours, ma gouaille parisienne, volontairement accentuée, ma coupe de cheveux « quatre centimètres avant l'heure », mes un mètre cinquante trois de hauteur et quarante trois kilos de poids, qui témoignaient plus d'un poulbot que d'un apprenti mécanicien, me valurent le surnom, plutôt sympathique, de Titi.

Dès le second jour, ce qui serait dorénavant notre régime journalier, entra en vigueur :

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