AU DELÀ DES BOUCHURES
Le lendemain, dimanche, dernier jour de vacances et veille de mon entrée au Centre d'Instruction d'Air France fut consacré aux dernières vérifications concernant mon trousseau et mes documents et… aux recommandations qui me furent adressées.
Mon esprit lui, vagabondait, m'imaginant déjà dans cette future école. Mais le souvenir de la scène de la veille ne s'effaçait pas de mes pensées, et, pensant à Ginette, rattrapé par une phrase prononcée entre copains, admiratif, je me répétai mentalement :
« Non seulement elle est pas con, non seulement elle n'est pas moche, mais en plus, elle en a dans le bénouse cette nana... »
La mère Juin, notre autre voisine, en rez-de-chaussée, infirmière à l'hôpital, qui, la clope toujours à la bouche, laissait traîner ses oreilles pour saisir la moindre algarade proche, me l'avait d'ailleurs confirmé le matin même, avec sa gouaille habituelle :
« Dis moi, le môme Pierrot, hier soir c'est la gamine qu'a claqué le bec à ta belle-doche...? Alors là, bravo, elle en a déjà dans le buffet la petite. Toi, t'as drôlement dû te marrer ? »
Ainsi se terminait, dans un bouquet de fraîcheur doublé d'un éclat de rire, ce chaud mois d'août qui bouclait les vacances d'été de ma dernière année scolaire à Créteil.
Ma chère « cousine » Ginette, avec laquelle il ne s'est jamais rien passé, s'est mariée deux années après terminaison de ses études en école ménagère. Elle épousa un sympathique ouvrier boulanger de sa région et, compte tenu de son exceptionnelle équation endocrinienne, lui donna huit enfants. Le couple et les enfants vécurent sans grande aisance mais avec le bonheur simple des gens qui acceptent et vivent courageusement les épreuves de la vie.
Veuve depuis quelques années, elle conserve à quatre-vingt-trois ans un tonus assez exceptionnel et un style toujours aussi direct. Je l'ai revu plusieurs fois dans ma vie et, chaque fois, nous avons retrouvé notre complicité... Et lorsque, encore maintenant, je l'ai au téléphone, elle me donne du « mon chéri » à chaque phrase. J'ai toujours pour elle autant d'estime et d'amitié amoureuse.
Pourquoi ne pas l'avoir prise pour épouse ?
Sincèrement, je suis incapable de répondre.
J'ai simplement peur du jour où la peau de chagrin va rétrécir.
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