AU DELÀ DES BOUCHURES
Et c'est l'arrivée de Patton et des petits amerlocs, les ombres et lumières du retour à la civilisation et l'absence de l'épouse Odette déportée à Bergen-Belsen.
Puis une information recueillie à l'hôtel Lutétia....
Alors Gaston Vedel, nommé lieutenant-colonel et fait Compagnon de la libération par De Gaulle, réactive son réseau pour la récupérer en Allemagne et le vingt mai mil neuf cent quarante-cinq, à cinq heures du matin, atteinte de typhus et de dysenterie, pesant moins de trente kilogrammes, Odette est confiée aux médecins parisiens. Elle sera sauvée.
De nouveau Montaudran, le rendez-vous des ombres, la rencontre avec Daurat...
Puis, un jour, l'arrivée d'un quadrimoteur DC 4, ... avec des hommes en tenue, galonnés comme des amiraux, qui descendent un immense escabeau aux couleurs d'Air France...
« Brusquement Gaston Vedel se sent vieux, très vieux, hors du temps.
Tout à coup une immense fatigue l'a saisi. Alors ignorant le bel avion, il se tourne de nouveau vers les morts, dont peu à peu les ombres s'effacent :
Mais qu'est-ce que je fous encore ici ? Camarades, m'avez-vous donc oublié ? »
Deux cent cinquante pages d'une vie héroïque, riche d'aventures, d'amitiés, d'exceptionnelles épreuves, et d'un courage à tout crin, vécue et racontée par un hommes exceptionnel qui m'a fait un bien grand honneur, un jour, à Toulouse.
Peut-être ne suis-je qu'un pauvre con sentimental et âgé, mais je dois l'avouer, chaque fois que je relis les huit dernières pages du livre Le pilote oublié, seul livre de ma bibliothèque que je ne prête pas, je ne peux m'empêcher d'essuyer quelques larmes.
Je n'ai jamais revu Gaston Vedel.
Après notre rencontre, chaque fin d'année, pendant dix ans, nous avons échangé comme des amis qui se seraient connus de longue date. D'aucuns pourront penser que c'était superficiel.
Je n'en sais rien. Peut-être avions nous, tous les deux, besoin de cet échange.
Puis un jour de fin juin 1993, alors retraité, j'ai reçu un très aimable courrier personnel d'Henriette Gontier (maire de Saint Paul Cap de Joux de 1989 à 1995), déplorant le récent décès de Monsieur Vedel, veuf d'Odette Bounhoure, survenu le 22 juin. Convalescent souffrant d'une suite douloureuse, après une opération de Nyssen, je ne pus me rendre à la cérémonie de son départ.
Je ressentis une peine et un vide immenses, que je partageai, par téléphone, avec Madame le Maire.
Pour reprendre la formule célèbre de Sélection du Reader's digest, Gaston Vedel avait été, pour moi, la rencontre, — certes très courte, mais si éloquente de qualités humaines, et si porteuse de courage et d'espoir, — avec un personnage exceptionnel, qui demeure, pour moi, l'homme le plus important rencontré dans ma vie.
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