AU DELÀ DES BOUCHURES
A Louis Raynal (49/52 + Barèges + Roissy).
Au regretté Claude Jésu (49/52),
A Germain Corbin (48/51+R)
Ces souvenirs sont autant de petites bougies qui éclairent certains soirs...
J'ai commencé à travailler, comme mécanicien « cellule avions », au Centre d'exploitation d'Orly, le 18 août 1952. Depuis Créteil, où j'habite, jusqu'à Orly, le trajet journalier comprend un tronçon Créteil/Charenton-Écoles, en bus (104), ensuite un parcours en métro allant de Charenton à la Porte d'Italie (avec changements à Daumesnil et à Place d'Italie), puis un dernier tronçon en bus (285) allant de la Porte d'Italie à Orly (arrêt Técalémit). Ce trajet me prend, au minimum, deux fois une heure trente par jour. Ajouté aux neuf heures de travail, cela vous fait une respectable journée de douze heures.
Je l'ai déjà mentionné, avec un abattement de vingt pour cent sur le salaire (travailleur de moins de dix-huit ans) et le stage de Barèges à rembourser, la paie va être maigre. Dans ces conditions, une semaine après avoir débuté à Orly, j'ai été volontaire pour faire des heures supplémentaires. Et lorsque je pars un lundi matin à 6.15 heures et que je termine à Orly à 22.50 heures, le soir, je suis à Créteil aux environs de minuit trente avant un nouveau départ à 6.15 heures le lendemain...
Et si le lendemain a 19.15 heures, alors que j'en ai plein les bottes, que je n'ai pour seule envie que d'aller me reposer, et que ma belle-mère, qui me considère comme son coursier, me demande alors d'aller acheter le pain, le lait et je ne sais quoi encore..., j'y vais, pour ne pas déclencher d'esclandre, mais comme à la fin du mois, je dois me rapprocher d'Orly, et aller habiter à Savigny-sur-Orge, je décide de ne pas rentrer à Créteil le lendemain et de chiner des nuits de jonction jusqu'au samedi suivant, pour découvrir en fin de semaine la tronche de l'épouse de mon père.
Compte tenu de ce choix, je suis donc conduit à solliciter les copains de Vilgénis, pour nécessité, au débotté, de "clos et couvert" pendant trois nuitées. L'affaire se conclura dans la journée.
Ceux auxquels j'explique, en premier, ma situation, Claude Jésu et Germain Corbin, travaillent, comme moi, sur chaîne de Grandes Visites des appareils Lockheed Constellation1.
Aussi rapide et détendu que lorsqu'il ajuste une queue d'aronde2, le gars Jésu me donne son accord. Germain Corbin, qui semble trouver ma demande aussi banale qu'une quémande de clope, me répond affirmativement en se marrant. Potes sympas, pas curieux, ouverts, avec une et décontraction que je suis, pour l'instant, loin de posséder.
J'ai une petite idée sur la troisième nuitée à gagner, mais il me faut attendre 14.30 heures et la vacation du soir, pour joindre Louis Raynal, lequel travaille aux Petites Visites Constellation, dans le " tonneau" ouest du hangar.
À l'exposé de mon histoire, Louis tapote le tournevis au creux de sa main gauche, tout en posant le pied sur l'arrière de la huchette, signes témoignant que la gamberge et la méfiance, déclenchées, cherchent à traquer le virus.
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