AU DELÀ DES BOUCHURES
1 Louis Raynal qui roulait en scooter Lambretta, (d'où le néologisme lambretter), portait beau, dans tout le val de marne et au-delà. Toujours à l'affût des bonnes adresses, Louis m'avait présenté la lingère qui nous rendait linge de corps et chemises impeccables, les coiffeurs de l'aérogare qui arrivaient à nous rendre des coupes de cheveux remarquables et, bouquet final, un nommé Moisset, tailleur à Villeneuve le Roi, qui par le truchement d'un tissu de qualité et d'une veste taillée « aux p'tits oignons », prétendaient faire de nous des jeune premiers, dignes d'Hollywood...
Et le gars Loulou, « vestounné » comme un Prince (de Galles bien sûr), observant une équerre impeccable sur son deux roues, et ainsi propulsé en improbable Cary Grant toulousain, faisait des ravages... et mettait en alerte les potentielles belles-mères !
Madame François fut présente à la cérémonie religieuse de mon mariage en l'église d'Orly.
Après mon mariage, fin 1957, j'ai quitté Orly pour un appartement acheté, quelques mois plus tôt, à Choisy-le-Roi, mais je suis resté en relation, il est vrai espacée, avec Madame François. Et c'est seulement deux ans plus tard, après achat de notre salle à manger..., que mon épouse et moi l'avons invité à venir déjeuner chez nous. Elle sembla prendre plaisir à cette visite et nous rendit cette invitation, dans les deux mois qui suivirent. Ainsi s'installât une fréquentation agréable, durant laquelle Madame François s'intéressait à ma carrière, complimentait mon épouse sur la tenue de l'appartement, et nous félicitait sur notre choix d'avoir acheté plutôt que de louer. Nos contraintes financières, qu'elle considérait comme normales, lui rappelaient le temps où, jeune mariée, elle avait, avec son époux, fait construire le pavillon d'Orly, avec le bénéfice de la loi Loucheur.
Ainsi, au fil des mois, notre relation cordiale, s'établissait progressivement en amitié.
Un jour, à son aimable et joli bouquet de fleurs, elle ajouta un pot de confitures. Coquine, en me le remettant, avec un petit enrouement d'émotion dans la voix, elle déclara :
« Tenez, ça vous rappellera le bon temps... »
Et, reprenant la main immédiatement, elle raconta à mon épouse, mon attitude de prédateur de pots de confitures...
Puis, un jour d'hiver mille neuf cent soixante quatre, alors qu'elle était inhumée depuis plusieurs jours, j'appris par une relation d'Orly, que Madame Antoinette François n'était plus. Je fus très contrarié de ne pas avoir été à la cérémonie de son départ.
Durant quelques jours, j'eus aussi du chagrin, sentiment qui retint de la période vécue auprès de madame François, le souvenir d'une personne attachante, à la personnalité certes affirmée, mais qui avait accompagnée, de façon intelligente et utile, pendant plus de trois ans, mon retour de sanatorium et le début de ma vie d'adulte.
Et, ce temps, regrettée Madame François, j'en porte témoignage ici, n'avait pas été banal ...
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