Willy Boelher, ou l'œil du maître et l'intelligence du chef...

Alsacien d'origine, Ingénieur des Eaux et Forêts, Willy Boelher, (déjà évoqué dans « Au temps et autant des Constels », chef des Grandes visites et des Petites visites d'entretien des L 749 (Lockheed Constellation), était un homme de qualité qui conduisait son personnel avec une autorité naturelle, avec en plus l'art et la manière adaptés aux circonstances et au destinataire d'un message...

La situation qui va vous être contée se déroule durant la période intermédiaire où je travaille depuis une quinzaine de jours pour mon nouvel organisme d'affectation commandé par M. Bavoux, alors qu'en attente de la notification de mutation du Service du personnel, je suis toujours affecté à mon précédent organisme, et donc toujours sous l'autorité de M. Boelher.

Ce récit est un témoignage éloquent de la méthode et la façon de ce dernier.

Dans ce nouvel organisme de grand entretien, chacun a pu finalement trouver sa place, y compris, à l'intérieur du Bureau des Méthodes et en atelier. Ma bonne connaissance pratique du L 749 et ma modeste échelle de classement (6), habillées d'une veste de travail blanche, font de moi un « faisant fonction agent technique » et sont au service de la chaîne L 749, placée sous la responsabilité d'un contremaître chef de chaîne.

Ma mutation vers mon nouvel organisme n'a pas encore été notifiée par le Service du personnel

La chaîne est dirigée par le père Vidaud, (père de notre copain de la promotion 48/51), contremaître qui connaît bien le travail, homme juste, méridional généreux et bienveillant, qui n'aime pas « les papiers », s'énerve avec les problèmes d'approvisionnement, et qui m'a « à la bonne », à proportion de ma réussite à le soulager dans ces domaines...

Après les épreuves de santé qui ont précédé, la situation actuelle, partagée entre l'agréable de ma chambre, louée à Orly, chez Madame François, mes conditions de travail, et un et scooter Vespa pour me déplacer, m’apparaît plus favorable. Le moral est donc au beau fixe.

Ce vendredi là, en fin d'une journée ensoleillée d'un mois d'avril prometteur, j'ai rendez-vous, entre dix-sept heures trente et dix-huit heures, dans les baraquements de l'US Army, installés entre les hangars de la zone Nord et l'aérogare Sud, avec un soldat américain originaire d'Alabama, hélas con et raciste, et qui, chaque fin de semaine vend des boites de cigares (Robt Burns et King Edward) et et des cartouches de Lucky Strike, tout en tempêtant contre ces nègues présents dans l'US Army.

Après le coup de sonnette de dix-sept heures vingt-cinq, sans attendre la sonnerie de dix-sept heures trente-cinq qui précède la validation du pointage, pressé, je saute sans attendre sur mon scooter. Pour effacer les suites administratives de ce départ avant l'heure, je devrai, dès lundi, solliciter de ma hiérarchie, la signature d'un bulletin de mouvement pour omission de pointage, et en cas de refus (la demande n'est pas toujours bien reçue...), j'aurai à subir une pénalité d'un quart d'heure sur ma feuille de paie. La récidive fait l'objet d'un avertissement écrit porté au dossier...

J'atteins le bâtiment de commandement (building) que je longe, ensuite je veille à respecter le stop avant de franchir le tarmac et me prépare à emprunter la route intérieure qui relie la Direction du Matériel aux autres directions opérationnelles (transport et opérations aériennes) et à l'ancienne aérogare.

Après avoir vérifié l'absence de circulation, je traverse le tarmac, lentement, à trente kilomètres à l'heure, tandis qu'en face, venant d'Orly sud, une automobile arrive lentement ... et marque à son tour le stop..., juste au moment où je la croise …

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