À bord du véhicule, bien visible et bien voyant, imperturbable, le père Boelher ....

Le scooter fait une légère embardée mais je continue ma route ... mal à l'aise.

Très mal à l'aise...

Une conversation avec l'amerloque, qui se libère en me parlant de son sergent, un putain de nègue noir, et l'achat de trois boites de cinquante Robert Bruns m'ont, sur le coup, fait oublier que je venais de croiser le père Boelher.

Durant le trajet de retour, je suis cependant préoccupé. Durant le week-end, je constate que mes soucis demeurent. En fait, j'attends le lundi avec une certaine appréhension.

En règle générale, j'aime bien arriver au travail un peu avant sept heures cinquante, heure officielle de prise d'horaire. Ce lundi là, mon intuition me souffle que ce n'est pas une mauvaise idée...

En effet, dès mon arrivée au bureau des Méthodes, j'aperçois posé sur la table qui m'est affecté, un feuillet portant l'écriture manuscrite de mon nouveau chef.

Monsieur Boelher a téléphoné, peu après votre départ.
Il veut que vous alliez le voir, dès votre arrivée lundi.
Signé : Duménil

Entre le hangar N3 et l'angle ouest du hangar double tonneau, où, au premier étage surélevé, loge le père Boelher, la distance me semble plus courte que d'habitude, beaucoup plus courte. Ma gamberge est passée en surchauffe, mais ma décision, de principe, est déjà arrêtée. Devant le vieux, il n'est pas question de louvoyer. Je reconnaîtrais les faits immédiatement …

Quand j'arrive devant les bureaux du premier étage, j'ai les guibolles en saucisses de Strasbourg, (normal Willy est alsacien). Gisèle, la secrétaire du patron est en train de s'installer. J'observe que la pièce du chef est éclairée. La bouche sèche et le coefficient de fouette largement hors tolérance, je salue Gisèle, et lui fait lire le papier...

Elle me fait signe d'entrer dans le bureau du chef...

« Oui, entrez... »

« Bonjour M'sieur Boiler … Vous m'avez demandé …? »

Le chef me paraît calme …en tous cas il n'est pas irrité... mais il ne se lève pas de son siège et ne me tend pas la main, contrairement aux fois précédentes.

« Oui, p'tit, j'ai besoin de toi … pour me rechercher des informations... » « À votre service M'sieur..., de quoi s'agit-il ? »

Le vieux1 continue de me la jouer paisible alors que mon maillot de corps élève son taux d'humidité et que mes jambes réclament une chaise.

Il fait semblant de relire un papier, semble réfléchir, note quelque chose, me regarde comme s'il allait prendre mon avis... prend un masque perplexe, puis, après avoir légèrement bougé son siège, s'adresse au livide :

« J'ai besoin d'avoir rapidement, un point exact, concernant l'exécution de la modification des ferrures de gouvernes de direction, sur la totalité de la flotte L 749...»

Je retrouve un peu de calme. Mes miches continuent légèrement de battre du tambour, mais devant ce biais technique, mon palpitant, progressivement, semble s'apaiser.

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