AU DELÀ DES BOUCHURES
L'appartement, d'environ soixante mètres carrés, que nous occupions au premier des six étages d'un immeuble de la rue de Flandre, était propre, agréable et suffisant. Mon y lit voisinait avec la table de salle à manger.
La découverte de mon père, que je connaissais peu, et de sa compagne fut pour l'enfant que j'étais un exercice d'observation. Pour en rester à l'essentiel, je dirais que mon père était un homme actif et volontaire qui, de cinq heures du matin jusqu'à souvent vingt deux heures, déployait tout ses efforts pour redémarrer sa profession de charcutier traiteur, interrompu par son veuvage et la période de guerre. Le métier comportait l'approvisionnement et les fabrications, dont partie achetée — en provenance de chez les Peignant, amis du Cher, chez qui mon père avait fait son apprentissage — partie réalisée en préparation et cuisson dans la modeste cuisine de l'appartement. La vente s'exerçait sur les marchés à raison de huit marchés par semaine. J'observai toutes les contraintes de la situation et mesurai la volonté et le courage de mon père.
Progressivement, tant au plan de l'énergie déployée qu'au plan des connaissances, je notai avec regret les capacités limitées de sa compagne. La durée de deux heures et demi qu'elle mettait en matinée pour faire le ménage et le détail du déroulement du spectacle, me laissait à tout le moins pensif. Radio Luxembourg fournissait le fond sonore de romances et de publicité et les interruptions tous les quarts d'heure pour repos bien mérité, bénéficiaient de la lecture des bandes dessinées de deux périodiques féminins en vogue, spécialistes des amours difficiles, savoir Nous Deux et Atout cœur. Ces amours romancés, aux difficultés sans fin, copieusement nourries de regards langoureux et de mièvreries de tous genres, semblaient mobiliser, non seulement l'attention mais l'intérêt de la ménagère. Et lorsqu'une des protagonistes du roman feuilleton venait à jouer une entourloupe à une rivale d'un même bois, la compagne de mon père, tout en reprenant le balai en mains se délivrait, à haute voix, d'une tension excessive, par une déclaration aussi vigoureuse que partisane :
« Ah ! La garce, moi je lui foutrais ma main sur la gueule... ! »
C'est par une observation ponctuelle que je mesurai par la suite que dans le cerveau de la dame ne s'agitaient pas uniquement les craintes d'une femme attentive à la concurrence, mais qu'un état de jalousie, quasi permanent, faisait chez elle, l'objet d'une véritable mobilisation.
Un jour, aux environs de treize heures, alors que marchant derrière mon père, nous nous préparions à emprunter l'escalier d'accès aux étages de l'immeuble, descendit une jeune et ravissante dame blonde, récemment divorcée, portant un tailleur noir parfaitement ajusté. Avec une superbe poitrine généreusement offerte et un popotin tout de rondeurs et de spiritualité, ce superbe corps en gracieux mouvement était de nature à corrompre tout titulaire d'une formule sanguine normale.
La belle coquine, qui n'avait vu que mon père, voulant certainement vérifier, la capacité de ses charmes à la liberté retrouvée, lui adressa un sourire ravageur, qu'elle ponctua d'un suave et roucoulant « Bonjouourr Monsieur Manigault », susceptible de lui faire louper la première marche. Mon père, se sachant suivi et surveillé, répondit par un salut poli, tandis que son regard témoignait à l'esthétique de la blonde vaporeuse, une appréciation on ne peut plus flatteuse... Je dois bien avouer que j’éprouvai un certain plaisir à observer le visage dépité de la compagne de mon père...
Vers neuf heures chaque soir, j'étais invité à retrouver un grand lit, installé dans la salle à manger, et à dormir, de façon à être en forme, le lendemain dès six heures, pour me préparer à rejoindre, par bus, la classe de sixième du lycée Paul Bert de Maisons-Alfort.
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Mais, je ne trouvais pas toujours le sommeil rapidement. Je ne pouvais m'empêcher de rejoindre par la pensée, mes grands-parents et mon village. J'évacuai alors un torrent de larmes que je ne savais à qui confier. Un soir, mon père découvrit la situation. Après avoir tenté de calmer ma peine, il m'assura que je verrais de nouveau mes grands parents en fin d'été suivant. Le lendemain, devant sa compagne un peu surprise, il m'offrit une ferme miniature. Satisfait et heureux du présent, je fus également honteux d'être à l'origine d'une telle dépense, tandis que mon père multipliait ses efforts afin de redémarrer son commerce. Je me promis de calmer mes sentiments.
L'école allait m'y aider. Le lycée Paul Bert, situé à l'angle d'un quartier proche de la Marne, à l'entrée Nord de la ville, avait (et a toujours) sa façade le long de la Nationale 19 traversant la ville de Maisons-Alfort. Ne connaissant personne, j'y fis une entrée discrète, par ailleurs impressionné par le volume de béton et l'absence d'arbres. J'observai que les élèves de ma classe, étaient, pour la plupart, élégamment vêtus. Nombreux étaient ceux qui portaient de sobres mais jolies chaussures basses. J'en conçus soudain une immense déception pour la blouse grise et les galoches qu'on m'avait imposées, sans savoir combien cette modeste tenue me rendrait ultérieurement service. Sur l'instant, je dirigeai mes pensées vers mes camarades de classe berrichons et ce sentiment désagréable se dissipa.
Je n'étais cependant pas aux bouts de mes surprises. Après m'être assis au deuxième rang de la classe, je sortis de mon cartable mon modeste plumier qui comportait, pour tout équipement, un porte-plume muni d'une plume « sergent major », un crayon correctement taillé et une gomme « crayon-encre » déjà usagée. L'encrier équipant la table, rempli de l'encre violette, seule pratiquée en Berry, complétait mon dispositif d'écolier. Observant les pupitres de plusieurs rangs, je voyais prendre place progressivement des flacons Waterman d'encres bleue et rouge, tandis que des mains de plusieurs élèves surgissaient, comme des provocations, de jolis stylos. L’ouverture des cahiers, sur lesquels les textes étaient écrits et soulignés de plusieurs couleurs prolongea mon désarroi. Devinant mon embarras, mon voisin de pupitre m'offrit d'utiliser ses deux flacons d'encre. Cette sympathique proposition, à laquelle je ne donnai pas suite par manque d'autres porte-plume, calma rapidement mon émotion et je décidai d'apporter toute mon attention au cours. Pendant plusieurs semaines je vécu, tant en salles de cours, qu'en cour de recréation dans un anonymat presque total.
Un peu plus d'un mois après mon entrée à Paul Bert, deux événements allaient modifier la situation.
Le premier, surprenant pour le campagnard que j'étais demeuré, se déroula durant la récréation du mercredi matin. Deux élèves de classe supérieure, assez grands, se dirigèrent soudain vers moi et, s'obligeant pour la circonstance à dégager un air menaçant qu'accentuait leurs visages ingrats, m'intimidèrent de la pointe d'un modeste couteau et me suggérèrent de leur verser, régulièrement, quelques pièces de monnaie à prendre sur mon argent de poche. Surpris, décontenancé et craintif, je reçu le message silencieusement et les deux « agresseurs » prirent cela pour un acquiescement.
Le soir, lors du souper, j'en touchai un mot à mon père. Il releva la tête, me fixa quelques secondes, puis me répondit calmement :
« Tu leur diras qu'il n'est pas question de casquer, et que s'ils continuent de t'emmerder, j'irai moi-même leur caresser les abattis... ».
La déclaration offensive de mon père ne m'avait pas déplu, mais en y réfléchissant un peu plus, je pensai qu'elle avait peu de chance de résoudre mon affaire. Avant de m'endormir, je brassai toutes les solutions envisageables, intégrant avant tout mon incapacité physique à lutter contre mes deux adversaires et décidai de jouer la suite en fonction de mes faibles moyens. Le jeudi, je prétextai un motif pour rester en salle de cours pendant la « récré ». Mais le lendemain, prenant, comme l'on dit, mon courage à deux mains, lors de la récréation en cour commune, je cherchai dans la cour les deux anciens élèves source de mes tracas.
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Les découvrant au milieu d'autres, je me forçai à les rejoindre m'estimant ainsi protégé. Les deux « grands », croyant sans doute que je venais leur remettre un peu de monnaie, conservant leur superbe, m'accueillirent cependant de façon détendue.
« Alors môme, on a reçu le message … et on vient en parler avec ses potes », dit le plus petit.
Je me concentre alors pour leur répondre sur le mode profil bas et lâcheté réunis, plus quelques mots d'argot rapidement appris.
« ...lOuais, mais les mecs, j'suis désolé, impossible pour moi de glaner un peu de monnaie...Mes parents sont pauvres, z'avez qu'à voir comment j'suis loqué... J'ai chaque semaine de quoi payer seulement mes tickets d'cantoche et pas un fifrelin de plus. J'ai fureté dans les tiroirs, il n'y a rien qui traîne. Le peu de sous pour les courses ma belle-mère le garde sur elle dans un p'tit morlingue qu'elle ne quitte jamais. Je crois même qu'elle couche avec... J'vois vraiment pas comment vous aider... »
Le plus petit des deux se montre méfiant :
« Dis donc môme...il semble que tu nous la joue un peu misérable...t'es sûr que tu nous dis tout...et ce que tu nous lâches sur ta belledoche, tu crois qu'on va le gober..? »
À cet instant précis, le grand l'interrompt vivement d'un geste de la main, me regarde et, à son tour m'interroge:
« Ta belle-mère, elle est méchante avec toi ? »
Je décide alors de ne pas en rajouter :
« Non, mais je crois qu'elle ne m'aime pas beaucoup, un peu comme si je la gênais... et c'est vrai, elle est radine. »
Le grand semble soudain perplexe. Il réfléchit deux minutes, toussote, fixe son complice et, la voix quelque peu plus grave, laisse tomber sa décision :
« Bon, môme, ça ira comme ça... oublie ce qu'on t'avait demandé, et retiens qu'on ne se connaît pas et dégage... »
Je m'écarte rapidement des deux compères sans demander mon reste, les laissant s'expliquer entre eux. Je me dis alors que le grand ne doit plus avoir sa mère et j'ai une pensée pour lui.
Le second événement eut lieu en classe de mathématiques. Le jeune professeur de géométrie énonce et figure au tableau l'exercice qu'il soumet à la sagacité de la classe. Puis il demande un volontaire pour aller au tableau. Silence dans la salle. Quelques minutes s'écoulent sans candidature.
Je crois avoir trouvé la solution quand soudain je prends conscience que j'ai déjà effectué cet exercice deux mois plus tôt dans mon école du Cher. Je me sens alors en confiance et, devant une salle surprise, je lève la main pour aller au tableau. Le professeur consulte sa liste d'élèves, avec hésitation prononce mon nom et m'invite à aller sur l'estrade. Eh là, chance inouïe, tout me revient naturellement. Avec un certain toupet je décline l'ensemble de la réponse en regardant la salle et j'inscris sur le tableau les phases essentielles du raisonnement, et ne manque pas de donner et encadrer la conclusion.
Et soudain, tout est terminé. La classe est silencieuse, attentive, attendant avec curiosité le verdict du professeur. Ce dernier réfléchit quelques instants, puis, me regardant, se décide enfin à parler :
« Où avez vous appris la géométrie … ?
La réponse, mêlant à la fois fierté, naïveté et sincérité, mais reflétant également une certaine tristesse, lui parvient immédiate :
« Dans le Cher, M' sieur, dans un p'tit village avec de bons maîtres, Ça s'appelle Le Châtelet-en-Berry... »
Nouveau silence. Et puis la récompense vient pour le pâle p'tit gamin en blouse grise et en godillots.
« Je ne peux pas faire autrement que de vous mettre la note vingt... J'espère que vous ne me décevrez pas à l'avenir...»
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La scène précédente eut, curieusement à mes yeux, un écho au marché couvert de Charentonneau, quartier de Maisons-Alfort où mon père démarrait son activité de charcutier traiteur, un samedi matin où je donnais un modeste coup de main à la vente. Le poissonnier d'une allée voisine, homme de petite taille, ventripotent et rougeaud, qui tenait un des commerces les plus importants du marché, et dont le fils, que je ne connaissais pas, fréquentait également Paul Bert, apparut et se planta souriant devant mon père qui découpait les côtelettes :
« Dis donc Prosper, paraît que ton gamin est un cador, qu'il a la dégoise facile et qu'il va bientôt remplacer le prof de maths du lycée. »
Ma belle-mère qui débute timidement dans son activité de vendeuse, s'approche de mon père, et parlant de moi :
« Qu'est-ce qu'il a encore fait... »
L'autre, qui trimballe avec lui une odeur de marée, heureux de son effet, continue prenant à témoin le petit commerce voisin :
« D'après mon gosse et ses potes, ton gamin a coupé le sifflet au prof … y z'en r'venaient pas les mômes... »
Mon père devine ce qui s'est passé, garde un air flegmatique, et s'en sort par une boutade :
« C'est vrai qu'il est plus fortiche pour cela que pour couper une côtelette... »
Durant les trois mois écoulés, mon père m'a fait connaître plusieurs curiosités parisiennes.
Les Halles de Paris tout d'abord, et particulièrement le quartier de la viande, avec ses célèbres « forts des halles », costauds de grande taille, manipulant d'énormes carcasses. Personnages de légendes, qu'on retrouve au petit matin, dans les bistrots bruyants, engloutissant une fumante soupe à l'oignon puis dévorant une andouillette ou une large entrecôte, généreusement accompagnées d'un Côte du Rhône ou d'un Beaujolais. Spectacle impressionnant d'un monde nocturne qui brasse des tonnes de nourriture... et des sommes énormes en liquide.
Au débotté, un samedi soir de fin mars, il m'avait emmené, en nocturne, au Vél d'hiv, découvrir les fameux « six jours de Paris », qui reprenaient après les années d'occupation. J'y avais découvert, aux environs de vingt-trois heures, un folklore populaire et une ambiance folle entraînée par la voix de stentor d'un speaker, relançant, sans arrêt, primes offertes et nombre de tours de piste à effectuer :
« Allô, allô,...une prime de 2000 francs, trois tours... »
Dans un brouhaha d'enfer, les équipes s'envolaient alors, « contrôlées » cette année là, par les équipiers hollandais Guerrit Schulte et Guerrit Boyen, imbattables pistards, champions du moment. Les chasses et les sprints se succédaient nombreux aux sons d'un accordéon virtuose, qui s'échappaient des haut-parleurs. Au moment du sprint, le public hurlait tandis que les canettes de bière, jetées des gradins les plus hauts, volaient jusque sur la piste.
J'ignorais alors que mes cris de joie éclataient dans une salle qui, quatre années plus tôt, avait vécu les rafles des populations juives....
Au moi de mai, avec lui, j'ai découvert le zoo de Vincennes. Revoir autant d'animaux, ce qui me rappelait d'une certaine façon les fermes de mon village m'avait réconcilié avec la vie parisienne. J'étais heureux d'être avec mon père dont j'appréciai la gentillesse naturelle.
Puis seul, un samedi après-midi de fin juin, j'étais allé seul, retrouvé le canal de Saint-Maurice, dérivation de la Marne sur lequel circulaient des péniches. J'y avais admiré et plaint les deux vigoureux chevaux de trait, empruntant pour quelques temps encore un chemin de halage de
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moins en moins entretenu, pour tracter le chaland. J'y avais aperçu les mariniers et étais demeuré longtemps à imaginer leur vie au fil de l'eau... et les contraintes scolaires pour les enfants..
Je pensai alors à ma belle-mère, fille de mariniers, qui n'avait pas eu la chance d'une fréquentation scolaire suivie, et j'en éprouvai de la peine. Dans ces instants, je l'imaginai à bord, encore enfant et mentalement l'appelai par son prénom Andrée.
Par ailleurs, mes tentatives d'avoir quelques copains, avaient été contrariées par l'attitude distante voire méfiante d'Andrée.
De l'autre côté de la rue, dans un coquet pavillon habitait un jeune homme de mon âge qui fréquentait un lycée. Il m'avait invité sans façon chez lui et sa mère, jeune dame gentille et jolie nous avait servi quelques tartines et gâteaux pour le goûter. Informée par mes soins, ma belle-mère, contrariée s'était offusquée d'une curieuse façon :
« Mais tu ne te rends pas compte, son père est médecin, avec les moyens qu'ils ont, on ne peut pas fréquenter ces gens là... »
Une autre fois, revenant de la rive gauche de la Marne, passant devant une propriété dont le portail était largement ouvert, j'y avais observé une bande d'une demie douzaine de jeunes de mon âge, devisant raquette à la main autour d'un terrain équipé d'un filet. J'attendis quelques instants espérant les voir jouer au tennis. C'est alors qu'une petite fille vint vers moi, et croyant sans doute que j'étais invité m'engagea à rejoindre les autres, auprès du court. Je fus accueilli gentiment et, après avoir indiqué que j'étais là par hasard, je précisai que j'étais arrivé à Paris récemment. Le groupe écouta sans manifester de surprise. La gentille petite fille me précisa que le groupe se réunissait tous les samedis après-midi, que je pouvais venir les rejoindre, mais que je devais me procurer une raquette.
L'esprit quelque peu échauffé à l'idée d'apprendre à jouer au tennis, j'ai rejoint le domicile familial. Surprenant une fois de plus mon père et sa compagne, j'entrepris de raconter la scène vécue l'après-midi et d'évoquer une raquette. Mon père jugea, à juste titre, qu'il n'avait pas les moyens de me permettre de jouer au tennis, sport exigeant une formation coûteuse avec moniteur. Sa compagne ajouta que je ne me rendais pas compte. Elle avait peut-être raison.
Par ailleurs, ma belle-mère semblait vouloir maîtriser certains domaines. Elle portait un soin attentif à ma propreté physique. La surveillance attentive sous laquelle, elle plaçait mes toilettes journalières et le « grand nettoyage » hebdomadaire avait fini par avoir ma sympathie. Concernant la coupe de cheveux, avec l'assentiment de mon père, elle m'infligea, rapidement, contre mon gré, la coupe en brosse, seul choix, de son point de vue possible, pour un gosse de mon âge.
Elle organisa ma communion solennelle et m'inscrivit pour la colonie de vacances organisée, par la paroisse de Charentonneau, et prévue dans une propriété proche de Poitiers. Ainsi, après ce séjour pas trop coûteux, je pourrais retrouver mes grands parents, ma tante Alida et son époux.
Bien que je sois très satisfait de cette disposition, il ne m'échappait pas qu'Andrée se « débarrassait » de moi pendant cinq semaines.
Pour la cérémonie religieuse, j'eus droit à un costume gris-bleuté de qualité, acheté dans le renommé magasin Latreille de Paris. Sans prendre en compte la croissance d'un enfant, ma belle mère avait, à cette occasion, précisée que le port d'un costume de ce prix serait ensuite réservé aux seules grandes occasions.
Les invités, tous adultes, fêtèrent le communiant et eurent droit à un excellent repas préparé par mon père, accompagné de crus renommés de chez Nicolas. Un moment seul dans la cuisine et donc hors des regards, j'ai goûté le « Vieux Papes incandescent » dont le degré d'alcool, le manque de fruit et la finale seulement alcoolisée m'avaient déçu. J'en fis la remarque à mon père à qui je rappelais la qualité des vins simples que nous avions goûté chez les Peignant... rappelant, à mon père, le souvenir de son village, je savais que je détournais son attention tout en le rapprochant de moi...
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Les choses se précipitèrent début juillet, juste avant mon départ en colonie de vacances. Ainsi, j'appris par mon père, qu'à mon retour, je ferai connaissance avec le fils de sa compagne, lequel prénommé Roger, terminait son service militaire, en Allemagne, près du lac de Constance à Fredrichshafen. Il ajouta qu'il viendrait vivre avec nous et travailler avec lui dans sa future installation.
Ma belle-mère ajouta que dès mon retour de congés, nous allions déménager pour aller habiter en pavillon, à Créteil, là où mon père aurait, sur place, son laboratoire pour effectuer les fabrications si problématiques dans l'appartement actuel. La nouvelle me plut, d'autant que quitter Maisons-Alfort et le lycée Paul Bert ne me posait aucun problème
Elle évoqua également ma possible mise en pension, mais je savais par avance qu'elle ne donnerait pas suite à ce projet, compte tenu du coût important d'un tel choix.
J'étais cependant convaincu qu'elle ne renoncerait pas à se séparer de moi, tentant ainsi de faire disparaître toute trace du précédent mariage de mon père...
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