Sans mérite, sans impolitesse et sans idée de nuire, je n'ai jamais su, je n'ai jamais pu résister à un bon mot, fut-il puisé à mes sources charcutières. Alors la réponse a fusé, entraînant sur l'instant, le regard étonné du grand chef, qui me connaît que de peu, et les rires de l'auditoire :

« ...ben, pour l’appellation, l'école de saumure... ça pourrait convenir ! »

Et Dombre, immédiatement complice, de compléter :

« Pour le paiement, ce serait effectivement une situation à cheval sur plusieurs exercices, qui, pour la dépense entraînée, ne pourrait envisager que la cavalerie... financière s'entend..! »

Jean Bavoux, qui ne retient pas son sourire, marque un temps d'arrêt, puis se dirige vers la porte et boucle l'entretien en s'adressant, ironique, à un Duménil un peu dépassé :

« Mon cher Duménil, c'est pire que ce que je pensais, je ne savais pas que vous aviez obtenu la responsabilité du Grenier de Montmartre... Allez, maintenant qu'on s'est bien amusé, essayez de remettre vos troupes au boulot... »

Mais notre chef de division savait aussi exercer une forte et directe autorité, en cas de nécessité. Témoin cette situation vécue, été mille neuf cent cinquante sept, par Pierre Topenas, bien décidé à accélérer sa carrière via la perspective « cadre » (catégorie quatre), en occupant un poste qui le positionnerait en « faisant fonction catégorie quatre » et lui permettrait, avec le temps, d'être promu.

Profitant du congé annuel de Jean Bavoux, s'appuyant sur des amitiés d'anciens de Marignane, qui lui signalent un poste catégorie quatre inoccupé au service intérieur, encouragé par un fin sourire du père Jarlot, inconscient chef de service (gardiennage et Sécurité) à deux ans de la retraite, voilà notre père Top, qui après avoir informé un Dudu sidéré par l'audace de son agent, part, avec son bureau, s'installer dans les locaux du Service intérieur, installés près de l'entrée ouest de la zone industrielle.

Le personnel du bureau des méthodes qui a suivi le début de cette aventure, à la fois estomaqué et friand, attend la suite. Et elle ne manqua pas de venir, immédiate, dès le retour de congés du chef, après que Jean Bavoux eut pris soin de protester auprès de la Haute Société Protestante, je veux dire auprès de Jacques Scherer, lequel, coiffait, via un autre cadre supérieur, le service intérieur mais n'avait pas été informé de l'intempestif mouvement.

L'inconscient père Top, rappelé à l'ordre de partout, fut prié de rejoindre, sans délai, son précédent poste. La hiérarchie poussa même la cruauté jusqu'à exiger de lui que pour son retour, il tire lui même, et sans aide, la charrette qui rapatrierait le bureau.

En présence de Charles Duménil, la séance finale d'ajustement des bretelles du père Top, conduite avec la rigueur nécessaire par Jean Bavoux, se fit sans éclat de voix. Après avoir écouté les arguments de notre camarade, le commandement fit une allusion grinçante, à la bienséance qui eut consisté, à tout le moins, à attendre le retour du chef de division, pour envisager cette affaire, qui, ajouta le grand chef, aurait abouti, dans le meilleur des cas, à confier un poste de chef gardien à une personne jeune et un technicien... plein d'avenir... Un peu moraliste et poète en finale, Monsieur Bavoux fit allusion aux deux voies possibles à suivre pour développer une carrière : la voie des roses, agréable, facile, démobilisatrice et de faible intérêt, et le chemin plus escarpé et bordé d'épineux qui serait celui des vraies carrières qui honorent les titulaires.

Abasourdi, mais encore plein de ressources et d'humour, notre copain Pierre Topenas, ayant fini par rejoindre sa place, nous a tout raconté. Les parts de sérieux et de rires concernant cette aventure se sont progressivement mêlées. Mais, le père Top n'a jamais pu digérer la tentative de parabole du grand chef : les roses et les épines, c'est fait pour aller ensemble... claironne-t-il en souriant.

Quant au chef Bavoux, il ne tint pas longtemps rigueur à celui qui avait tenté, il est vrai sans succès, ce qu'il considérait comme une pitoyable tentative.

En ce qui me concerne, une ou deux fois l'an, Jean Bavoux me confiai des visiteurs, groupe de six à dix personnes qui s'intéressaient à l'entretien des avions. Certains étaient des clients

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