Quasi journellement, Jean Bavoux vient saluer ses troupes et ne manque jamais de rendre, une visite au bureau des Méthodes. Geste de courtoisie d'abord, ensuite mission d'information descendante concernant le programme industriel à venir, et enfin, mission d'information ascendante, car le chef n'ignore pas l'importance d'intégrer tous les éléments et faits qui concernent, à différents titres, les chaînes de révision, et qui sont souvent vécues et traitées, par tel ou tel du Bureau des Méthodes.

Alors, la discussion s'installe, respectueuse, courtoise mais libre. Sont alors évoqués, selon le jour, les événements, les faits, les questions qui intéressent le déroulement du travail, l'aide susceptible d'être apportée à la production sur les plans méthodes ou organisationnel, voire concernant l'approvisionnement, avec en vue les deux objectifs que sont l'amélioration des procédures et, bien sur, des résultats s'agissant des coûts de visite. Chaque volontaire peut donc venir participer, et à la mesure de sa prudence, de son expérience et de ses facilités d'élocution, avancer ses propositions. Parfois, débordant l'entretien habituel, des questions, touchant aussi bien l'espérance de promotion d'untel, que l'importance des effectifs du bureau jaillissent parfois.

Jamais écartées par Jean Bavoux, certaines situations vécues, sans atteindre l'anthologie, furent des moments savoureux.

Ainsi de la prestation d'Yvon Lebel, qui désespéré de ne pas se savoir inscrit sur la précieuse liste dite d'aptitude à la catégorie cadre, avait attaqué son sujet, sous un angle, original et inattendu :

« Monsieur Bavoux, s'agissant des anciens comme moi, qui ont débuté jeune, sur le tas, on dirait que vous nous voyez toujours en culottes courtes. Eh, bien les choses ont évolué, on a changé, acquis de l'expérience... »

Bonasse, voulant, sans nécessité, venir au secours d'un Bavoux seulement interloqué par la nature de l'argument du gars Lebel, le père Duménil, abonde dans le sens vestimentaire :

« Mais non, mon cher Yvon, on sait bien que tu portes depuis longtemps des pantalons longs... »

C'est alors que n''en tenant plus devant cette scène pathétique, Dombre ajoute d'une voix basse, mais entendue de tous :

« ...et l'hiver des caleçons molletonnés...! »

Une hilarité générale met un point final à la tentative malheureuse de plaidoirie, mais Jean Bavoux, ferme mais élégant, sauve la mise du plaignant, tout en remettant de l'ordre dans les esprits et dans la procédure :

« Monsieur Lebel, je vous recevrai, en temps utile, avec Monsieur Duménil, pour parler de votre avenir, qu'il serait déplacé de débattre en public. J'essaierai de vous convaincre, que selon l'adage, pour moi l'habit ne fait pas le moine... »

Autant de la suite à l'intervention de Roger Gauvin, le délégué communiste qui patient et prudent comme un membre du Politburo, attend la fin de l'échange précédent pour intervenir, une fois encore, sur l'effectif du bureau. L'échange débute, en présence d'un Duménil gêné et du petit peuple aux aguets. D'un côté la dialectique répétée du parti communiste des années cinquante, de l'autre les réponses argumentées et paisibles d'un diplômé, avocat et un peu jésuite. Les deux bretteurs tiennent la distance, mais si le premier à tout son temps pour tenter de faire lâcher l'autre, le second tient à ne pas perdre trop son temps sur un sujet, à ses yeux peu crucial et en tous cas, pas jugé d'actualité. Alors le terrain de l'humour et de la boutade, choisi volontairement par Jean Bavoux, vient à point détendre la situation :

« Non, renforcer les effectifs du bureau, pas question, … sauf motif véritable à connaître... Alors, déjà que dans le hangar, parlant de votre service, on vous appelle la boîte à sel, s'il me venait à l'idée de rajouter, sans motif, « la viande » que vous me demandez, on va vous baptiser comment... et comment je paierai tout ça à la fin ? »

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