AU DELÀ DES BOUCHURES
Jean Bavoux, fut un très bon chef de division, exigeant mais élégant dans ses manières. N'hésitant pas à s'afficher entre l'aimable Duménil et le communiste Gauvin, il accompagna la moitié du bureau venu assister à la cérémonie religieuse de mon mariage dans la petite église d'Orly.
Objectif, prudent mais juste, il ne valida ma promotion en agent de maîtrise que vingt six mois après ma mise en place, mais avec huit mois de rappel salarial.
Avec le développement des unités, devint successivement, sous le règne du Directeur Jacques Scherer, chef du département Grand entretien Avions, puis chef du Département Révision des Équipements non électroniques qui regroupa, pour un temps, les divisions LQ et LX .
L'homme de grande qualité, qui avait aussi ses appuis politiques, était donc promis à une brillante carrière.
Lors des événements de mille neuf cent soixante huit, il ne céda pas aux fumeuses déclarations de petits bourgeois se découvrant soudain révolutionnaires, ni à certaines menées habiles de jeunes cadres diplômés, récemment embauchés, qui ambitionnaient un peu trop tôt d'être au pouvoir.
Avec mesure et esprit, il demeura classique, opposé à la chienlit, et assuma calmement et courageusement ses positions lors des assemblées du personnel qui se déroulèrent à l'hôtel Hilton d'Orly.
En 1970, un télex, ayant pour origine la Direction Générale, mentionna dans une longue liste intéressant une réorganisation au plus haut niveau, la nomination de Jean Bavoux, au stratégique et important poste de Directeur du Personnel. Mais, c'était sans compter sur l'autre camp, qui conduisit de longues heures, ses menées diurnes et vespérales, auprès du gouvernement et de la Présidence. Le lendemain, un autre télex, de même source, corrige l'erreur supposée de casting. Quelqu'un de plus classique, convenant mieux à la tradition DP fut nommé à ce poste.
Jean Bavoux, ainsi éjecté, se retrouve nommé Directeur commercial de la Région Est africaine.
En dehors de toute politicaillerie, nous fûmes nombreux à regretter cette situation. Jean Bavoux, aurait fait un très bon Directeur du Personnel, qui aurait aéré cette direction.
Est-ce lié à cette pénible situation et au désaveu ressenti par un homme finalement assez sensible, Jean Bavoux mourut moins d'un an plus tard.
La belle église parisienne, pleine à craquer ce jour là, avec au premier rang certains qui avaient lutté de toutes leur force pour empêcher la nomination de l'ingénieur-avocat au poste convoité et puissant de Directeur du Personnel, rendit un hommage appuyé à cet homme de valeur, à ce catholique épicurien qui aimait la vie et les hommes et croyait en Dieu.
Jean Bavoux, décédé à proximité de la cinquantaine laissait une veuve et cinq enfants.
Ceux qui l'avaient connu et un peu pratiqué furent sincèrement attristés.
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