Jacques et Édmée furent des parents très dignes et très courageux.

Marcel, silencieux fut, à sa façon, présent. Claude Vigne fut très bien, comme d'habitude. Gérard et moi, qui venions de rencontrer nos futures épouses furent un peu moins proches, et un peu moins bons.

Édmée m'a cependant demandé d'être le parrain de son enfant profondément handicapé.

Désemparé, un peu lâche, un peu moche, j'ai décliné. J'étais, il est vrai, déjà deux fois parrain. Jacques, très gentiment, m'a dit qu'il comprenait. Dame au grand cœur, la môme Edmée ne m'en a jamais tenu rigueur.

La disparition du « groupe de Paray », tel que constitué, s'est effectuée progressivement dès le second trimestre 1957. Les contacts avaient toujours lieu mais sans automaticité, sans notion de quartier général et très rarement tous ensemble.

Au travail, je voyais assez souvent Claude Vigne, peu souvent Marcel.

Gérard venait de temps en temps à la Direction du Matériel, mais serait bientôt détaché auprès de Royal Air Maroc et irait vivre à Casablanca avec son épouse.

Jacques Rabbe, de plus en plus déterminé à aller travailler au CERN à Genève, achevait son pavillon avant de le vendre.

Après leur départ pour la frontière franco-suisse, avec les Rabbe, on est toujours resté en liaison, mais il faudra attendre 1996 pour que Gérard Monier et moi allions leur rendre visite.

Émotion des retrouvailles. Le petit enfant Pierre est parti depuis longtemps, et la vie a repris le dessus. Edmée est toujours aussi vive d'esprit. Notre complicité est toujours là et j'en suis ravi. Jacques toujours sympathique peaufine son attitude d'ours.

Heureux moment et superbe repas aux restaurant Les flots bleus, face au Léman à Yzoire. Les quatre retraités ressemblent à des gamins.

Claude Vigne, témoin cette anecdote, était toujours disponible pour rendre service.

Au printemps 1957, je passe mes 3 épreuves d'accès à la maîtrise avec 14,95 de moyenne, mais un dix et demi en dessin industriel, éliminatoire pour l'épreuve B.

Sans s'attarder à mes lamentations, Claude insiste pour m'obliger à traiter, à main levée, un certain nombre de croquis de différentes pièces, de façon à être prêt pour repasser l'épreuve début septembre. Pendant tout le mois de juin, dépassant l'horaire d'une bonne heure, chaque soir, je resterai seul dans le bureau pour travailler le dessin industriel. Claude passe deux fois par semaine, corrige mes erreurs et m'explique comment traiter les vues avec l'aisance d'un instructeur et la gentillesse d'un copain.

L'épreuve sera obtenue deux mois et demi plus tard avec un 13,5/20, en dessin industriel à main levée.

Puis, ce qu'on appelle la vie, nous a lentement séparé.

Claude, apprécié pour ses connaissance et sa gentillesse a poursuivi sa carrière en bureau d'études. Puis son frère aîné est mort après un temps difficile et pénible pour les deux.

Claude nous a quitté un jour parce que, dérision, son cœur l'avait abandonné. J'étais à Toulouse. Je n'en ai rien su. Ironie du sort, je n'ai appris qu'une vingtaine d'années plus tard que ce copain, issu d'un quartier pauvre de la ville rose, orphelin, digne et généreux, était enterré à Toulouse.

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