Reprise après leur retour du Maroc, la fréquentation du couple Monier fut à la fois continue et aléatoire. Rencontres professionnelles sur le tarmac d'Orly et de Roissy à l'occasion des grèves par exemple. Vacances ensemble aux Antilles et aux Seychelles. Invitations à domicile. Quelques jours en Bourgogne pour lui faire connaître le Meursault à mon toulousain. Et des coups de fils réguliers depuis la retraite.

Successivement cocher sur B707 et sur B 747, le gars Gérard a parcouru le monde entier, sans gros pépin. Il a bien arrondi ses atterrissages, puis son pactole et enfin son ventre.

Et il en a vécu des situations. Quand il raconte, et il raconte bien, toujours en se marrant, c'est souvent surprenant et plutôt savoureux. Il devrait écrire... Mais ce n'est pas son truc.

Je vous l'ai déjà dit son truc, c'est les copains. Au printemps 2016, quand j'ai dû passer deux mois à l'hôpital Mondor, ou j'ai failli calancher (10 jours en réanimation), il est venu plusieurs fois me faire une visite, accompagnant mon épouse un peu débordée. C'est vrai que ça m'a fait du bien de le voir...

Et un jour, il m'a raconté ses débuts de pilote... Ah ! Ça, il est de la bourlingue le père...

Maintenant, avec sa tronche de vieux paysous du Lauragais, sa casquette de zonard et son ventre en commode Louis XV, l'ancien, quatre vingt quatre balais passés, respectant strictement la procédure de vie toulousaine, économise ses forces. De l'entrée de sa maison à la route, il y a deux cents mètres, alors pour ne plus avoir à pousser les poubelles, il les charge en voiture pour faire le trajet.

Mais parlez-lui d'aller pêcher un saumon sauvage en Alaska, ou de faire un Toulouse aller-retour pour ramener un mètre de véritable saucisse achetée, à ses copains (copains comme cochons bien sûr) du Marché Victor Hugo à Toulouse, alors là, il est partant...

Et alors que mon moral faisait relâche, je lui confiai qu'avant de m'en aller, je voulais revoir mon coin de Berry, mais que dans mon état.... Il m'a répondu :
« Pierrot, pas de problème, le jour où tu le décides, on se démerdera... »

Tu ne changes rien Gérard, ....

Au fait, j'ai quand même eu un différend avec lui. Un jour que je lui avais apporté une bouteille de Bâtard Montrachet 1985, avec, en dégustation d'entrée, ce « voyou », n'as pas hésité à servir des accras antillais. Pour commettre semblable délit, et néanmoins dormir en paix le soir, il n'y a qu'un Toulousain.

Ah !, ce n'est pas totalement de leur faute, ils ont été éduqués aux vins de Fronton et au Madiran, deux vins respectables, charnus et goûteux certes, mais faits pour épouser et dissoudre un cassoulet, un confit... ou un magret chez Daguin du temps où il officiait à Auch…

Les bordeaux à la rigueur, mais les grands Bourgogne, ils ne connaissent pas trop...

Bon, on ne change jamais personne. Et surtout pas un Toulousain(g)...

Alors je te pardonne... et je t'embrasse Gérard.

Quant à Marcel, j'ai comme on dit, remis la main dessus une fois en retraite et l'ai invité à dîner avec son épouse. Bon mariage, fille de Madame faisant ses études de médecine... Tout baigne...

Ça va toi Peter...? Oui, et toi Marcel ? On se serait cru quarante ans plutôt... Bonne soirée. Je te fais signe bientôt...

Marcel n'a plus jamais donné signe de vie.

 - 110 -