Quand j'ai eu fini de rédiger ce passage de ma vie, un peu craintif eu égard à leur état de santé dont j'avais connaissance depuis deux ans, j'ai appelé les Rabbe.

Plusieurs appels avant d'obtenir une voix inconnue, celle d'un aide à domicile...

« ... Édmée nous a quitté le 30 mai 2016, vaincue par une leucémie qui l'avait conduite, la veille, une fois de plus, à l'hôpital. Non, elle n'a pas trop souffert. Seuls les médicaments... »

Puis, j'ai voulu parler à Jacques, quatre-vingt-sept ans, déjà presque aveugle, et désormais seul. Il m'a assuré que l'infirmière qui vient, chaque jour faire sa toilette et que la personne qui lui prépare son repas étaient gentilles avec lui...

J'ai voulu lui parler d'Édmée... Il m'a dit mon vieux Pierrot, on ne va pas plus loin, je te fais la bise... allez, au revoir.

Et l'ado du ventre de Paris, le neveu de la tante Euphrasie, le brillant élément du CERN, las de la vie, a raccroché.

J'ai eu mal, très mal, et les larmes ont mouillées la peau de chagrin.

Puis j'ai appelé les Monier.

Madeleine faisait du vélo d'appartement pour sa circulation. Elle venait de passer un scanner et ils n'avaient rien trouvé. Je lui ai répondu que c'étaient des cons car à plus de 80 balais, avec un scanner, on trouve toujours quelque chose à tout le monde...

J'ai ajouté que de toute façon, elle nous enterrera tous... Elle a rit. Mais, je le pense vraiment. Je lui ai demandé où était passé son commandant de bord de mari. Elle n'a pas résisté à me servir son antienne :

« Tu sais ce que c'est qu'un commandant de bord en retraite, c'est un type qu'à toujours eut avec lui un co-pilote, un mécano et un chef de cabine à son service, et qui demande à sa femme de tenir les trois postes quand il est en retraite... Et si en plus, c'est un toulousain, c'est quelqu'un qu'il faut remuer en permanence, sauf s'il s'agit des copains, car là, il est toujours prêt à décarrer... ».

J'ai donné l'impression de rire à mon tour... je ne lui ai pas parlé des Rabbe qu'elle n'a pas connu.

Gérard m'a rappelé, en lançant comme d'habitude, un bruyant « Salut Pierrot... »

Je lui ai raconté tout pour Édmée et Jacques. À court de mots, il a dit merde plusieurs fois... et comme pour se sortir de son émotion et honorer notre copain, il a poursuivi :

« Tu sais que le gars Jacques, c'était pas un con, avant Vilgénis, c'était déjà un brillant élève sortant d'École Nationale Professionnelle... »

En les circonstances, cette sorte d'épitaphe m'a convenu.

Mais bordel, pourquoi que tout fout le camp...?

Heureux de vous avoir connu les amis ... pour tout, un grand merci à tous.


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