GEORGES FANGEAT ... un improbable déclencheur...
(Direction du Matériel. Centre d'Orly, Hangar N2, Grandes visites Avions, Bureau des Méthodes mars/mai 1956).

« Qu’est-ce que ça peut te foutre... Tu te prends pour mon médecin ?

S'il vous arrive d'ajouter à votre bonjour matinal un très automatique ça va, c'est ainsi que Georges Fangeat, agent de chaîne des Grandes visites L.749, vous rabroue. Il en est de même, au moins dans un premier temps, si vous sollicitez son aide pour traiter une question, ou simplement son avis :

« Non, je n'ai pas le temps... tu n'es pas capable de traiter tes problèmes tout seul...? »

Ainsi, au premier abord, toujours provocateur, le personnage se veut imbuvable... avant de revenir, une ou deux minutes plus tard, vers l'intéressé, qu'il aborde alors, sans manquer de prolonger son manège, d'un:

« Tu fais la gueule, ou tu veux que je t'aide...! »

Dans la plupart des cas, c'est donc à l'intéressé de calmer le jeu, sinon Georges Fangeat, inépuisable, continue.

Agent technique qualifié, échelle onze après huit ans d'ancienneté, l'homme de taille moyenne, de silhouette mince, avec un visage petit et gris, éclairé d'yeux marrons qui observent, sans arrêt, les hommes et les situations, et des cheveux noirs plaqués, avec raie à droite, est un ancien élève d'ENP (École Nationale Professionnelle), originaire de Grenoble. Contrairement à ce que suggèrent, au premier abord, ses curieuses manières d'un Laurent Baffie avant l'heure, cet observateur parfois désabusé, est avant tout intelligent et compétent.

Et, s'il ne recherche pas à nouer des relations au travail, en finale, il dispose d'un certain nombre d'observateurs, admirateurs ou non selon le cas, et depuis leur année commune d'embauche, est en solide amitié et complicité avec un nommé Jean-Marie Thévenet, natif de Saint Sorlin-en Bugey et donc savoyard comme lui.

Georges Fangeat, mesure et ajuste ses efforts au travail et ne cherche pas du tout à se faire valoir. Il passe sur chaîne, traite les problèmes intéressant les documents de travail, revient au bureau des Méthodes, informe s'il y a lieu, l'échelon central en charge de la rédaction des documents de travail et rejoint la table dessin sur laquelle on trouve, tracé à l'encre de chine, le planning type intéressant les grandes visites de la flotte L 749.

Et dans les rares moments où il veut bien abandonner son personnage, et se confier à ses collègues de bureau, son esprit critique d'une rare causticité délivre un message précis qui, pour lui, vaut explication, voire justification de son comportement :

« Pourquoi vais-je m'emmerder dans le boulot...? Depuis que j'appartiens à la Compagnie, personne dans la hiérarchie ne s'est intéressé à ce que je fais, à commencer par mon chef direct qui n'en a rien à foutre... et qui ne veut prendre aucun risque …! d'ailleurs, je préfère qu'il ne s'en mêle pas, car il ne connaît pas le type d'appareil dont je suis chargé de planifier les travaux, ...

Ceux qui écoutent cette déclaration se partagent en deux groupes. Il y a ceux qui sourient et qui évacuent le sujet, en retenant seulement que l'auteur du couplet s'est soulagé. Et puis, il y a, moins nombreux, ceux dont je suis, qui voudraient voir le sujet traité à fond, d'autant que l'adjoint chargé de la production de la nouvelle unité de Grand entretien Avions à laquelle nous appartenons depuis peu, Maurice Gruson, ingénieur ESAM (Arts et métiers), s'intéresse beaucoup à l'ordonnancement des travaux.

Quoiqu'il en soit, Georges Fangeat, au moins en privé, ne démord pas de sa position et précise même qu'à la première occasion, il tentera une mutation vers un autre poste, si possible en escale...

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