AU DELÀ DES BOUCHURES
Une prospection a eu lieu fin mars pour un poste de « responsable des approvisionnements », poste à pourvoir en juin 1956, à Tananarive, auprès de la compagnie Air Madagascar. Et Georges Fangeat a fait sa demande … tout en ajoutant qu'il n'avait aucune chance puisque n'ayant aucune formation de gestionnaire d'approvisionnement.
Mais un bon dossier de notations professionnelles, et le peu de candidatures pour ce poste, jugé très éloigné, peuvent concourir à une décision rapide et favorable à l'intéressé. Dernière semaine d'avril, Georges Fangeat est informé être retenu pour le poste en question.
Dans le bureau des Méthodes, l'information s'est vite répandue. Les échanges et commentaires vont bon train. Le héros du moment, demeure modeste, semblant étonné mais toujours dans son rôle préféré, va lâcher à la cantonade qu'il a dû bénéficier de l'appui de quelqu'un de sa famille en poste à l'ambassade de France à Tananarive. Après contact avec le Service du personnel, il découvre les conditions de son installation, et son échelle de paiement... et, avec le temps, peut-être sa promotion en catégorie quatre, correspondant à cadre débutant. Bref, le personnage finit, sur l'instant, par être envié par tous les agents du bureau qui ont suivi cette affaire...
L'agitation liée à l’événement s'estompe cependant au fil des jours. Progressivement, le bureau des Méthodes retrouve une vie normale. Seul, le chef Duménil reste mobilisé afin de rechercher un remplaçant à l'agent qui va être muté. Au bout de trois semaines de recherche et de contacts, aucun nom n'est prononcé car aucune candidature interne ou externe à l'unité ne s'est manifestée.
Sont examinées, également sans succès, les possibilités de permutation de poste à l'intérieur du service. Chaque agent contacté refuse sur le motif de ne pas connaître le Constellation.
Le père Duménil, qui ne veut décider autoritairement prend des avis, téléphone à ses relations et alerte la hiérarchie, laquelle en désespoir de cause, propose de nommer un chef d'équipe de la chaîne et, gymnastique connue, de le remplacer par un très bon compagnon « faisant fonction ». Le chef de chaîne concerné, se fâche tout rouge en refusant la solution envisagée :
« En admettant que votre combine soit réalisable, je vais perdre à la fois un bon chef d'équipe et un très bon compagnon. Là, je marche pas ! »
Devant un contremaître qui hausse le ton la hiérarchie, révise en général sa position. On convient de pousser une nouvelle réflexion. En fait, le chef du bureau des méthodes est de nouveau prié de bien vouloir rechercher une solution à partir de son effectif. Le père Duménil refait alors et sur papier millimétré.., une simulation quant aux possibilités, mais se heurte au refus argumenté, et surtout déterminé, des agents contactés. Dudu, comme on l'appelle, hausse le ton, selon le cas, caresse ou menace, mais finit par se convaincre qu'il n'a pas de solution viable. Avec une curiosité un peu cruelle, voire une impudence déplacée et/ou une gourmandise de charognard, tout le bureau, mobilisé depuis des jours, attend de voir comment Dudu, c'est-à-dire comment le chef, de plus en plus de mauvais poil, va se sortir de cette épreuve...
Chacun échange et croise son peu d'information sans pouvoir imaginer de solution.
Au matin du vendredi vingt mai, l'affaire demeure au point mort et rien ne laisse espérer un rapide dénouement. Fangeat qui doit nous quitter le vingt juin prochain après un stage de formation d'une semaine, devient de plus en plus mystérieux, et demeure silencieux. Au fond de lui, j'imagine qu'il se régale de la situation...
Seul événement de ce jour, un pot apéritif, intéressant un anniversaire, prévu pour les membres du bureau seulement, vers onze heures quinze. À l'heure dite, tout l'effectif est réuni et, aux bons souhaits d'anniversaire, succèdent les conversations et commentaires divers. Mobilisé par une réunion, Charles Duménil est absent. Des groupes se constituent. Je me dirige vers celui des agents techniques qualifiés qui rassemble outre Roger Dombre, Pierre Anselme, Georges Fangeat, Roger Gauvin, Jean-Pierre Leclerc, Yvon Lebel, groupe auquel s'est joint le « faisant fonction » catégorie trois, Jean-Marie Thévenet. C'est avec eux qu'il y a, je pense, la plus forte probabilité de recueillir d'intéressantes informations....
- 113 -