Le ton de la déclaration et le sourire qui accompagne la fin de la question, me détendent un peu. Je lui fais un exposé complet des motifs, mais au moment de donner le nom des autres mécaniciens, je marque un temps d'arrêt. Le juriste vient alors à mon secours, m'assure qu'il ne souhaite pas de faire de moi un délateur, m'explique qu'il veut simplement examiner les dossiers des plaignants et se préparer à répondre aux questions à venir et, détendu, me renouvelle sa demande.

Je reste coi, impuissant et gêné. Je sollicite, sans succès, mon esprit un peu affolé, quand soudain, il me vient l'idée d'une formulation tordue, mais astucieuse et plaisante, susceptible de le satisfaire.

Je tente de calculer tous mes effets, débute en mot à mot et termine en glissade :

« Monsieur... s'agissant des autres présents, ... il y avait... si je puis dire... de tout un peu... mais plutôt des vaincus marchant derrière un drapeau... en Bernes...! »

Je ne sais si Guy Le Goubin, chef du Service du Personnel, a voulu alors saluer mon audace ou mon astuce. Toujours est-il qu'il a pouffé de rire et, tout en continuant de s'esclaffer plus discrètement, a définitivement détendue l'atmosphère, restaurant progressivement ma confiance en déclarant :

« Ah ! Mon jeune ami, … de tout un peu, ... Ah ! Ah...! mais c'est très bon ça... en plus derrière un drapeau en berne... vous avez tout fait pour vous en sortir en me faisant rire ... C'est réussi, ... Très bien, je ne vous sollicite plus.
Quand à votre affaire personnelle, je vois ce qui a pu se passer. Avant la création de la récente Direction du Matériel, toutes les nominations passaient par la direction du Personnel. Monsieur Scherer a déjà récupéré la catégorie trois, mais compte tenu du faible nombre d'agents concernés en catégorie deux technique, les dossiers doivent toujours être entre les mains de la direction du Personnel. Je vais voir cela sans tarder...
»

L'entretien terminé, Monsieur Le Goubin, s'est levé, m'a accompagné vers la porte et, après m'avoir serré la main, a ajouté :

« Vous savez, jeune homme, que vous êtes un aventurier...? »

Je tombe dans le piège et, lui demande timidement pourquoi. Un sourire bienveillant accompagne sa réponse :

« ...parce que vous avez les yeux bleus... on ne vous l'avait jamais dit..! »

Guy Le Goubin, licencié en droit, officier de marine, chef du Service du Personnel à la direction du Matériel, est aussi un homme d'esprit qui pratique et accepte l’humour venant d'autrui.

Il mérite bien d'avoir le dernier mot...!

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