Retrouvant son aplomb au fil de l'exposé zigzagant du père Lemort, la rombière, dont les chaussons à pompons brillent chaque fois que la lumière commandée par la minuterie s'éteint, tente à tout prix de reprendre l'initiative, en évoquant le pire :

« Mais alors, s'il n'y a pas d'ossature en béton, avec le poids de la terrasse, le sixième étage va s'écrouler un jour ..? »

Lemort, héros qui ne fréquente pas le caritatif, voulant sans doute faire frissonner la nuisette, ajuste dans le sentencieux :

« Probable, mais pas pour tout de suite... on sera de toutes façons prévenus... bon, allez, c'est fini pour cette nuit..., et à partir de maintenant on sait »

Il est près de trois heures du matin. Chacun s'engouffre alors dans son appartement tandis que l'immeuble, nuitamment troublé, retrouve enfin, un silence convenant à une occupation dite bourgeoise.

Suite à cette découverte, et à l'aveu de la société de construction, l'affaire fait l'objet d'une action en justice, avec nomination d'un expert auprès du Tribunal, désignation d'un second expert arrêtée par les copropriétaires afin de conseiller l'avocat, et citation comme témoin, d'un expert du Bureau Sécuritas, choisi par la société les Constructions d'Île-de-France. Les pièces, ainsi que les dépenses vont s'accumuler pendant huit ans, avant que le Tribunal rende un verdict « commercial » qui condamne le constructeur, sans reconnaître de faute. Chaque copropriétaire du dernier étage reçoit alors une indemnité correspondant au prix du béton et sa mise en œuvre économisés... La prise en compte de fissures murales, dans les parties individuelles de certains copropriétaires, fissures jugées sans danger par l'Expert nommé par le tribunal, non retenue par le Tribunal, ne donne lieu à aucune indemnisation.

La troisième affaire, qui fait rapidement l'objet d'une procédure adverse, a pour corps du délit un ensemble de garages, adossé à la partie ouest de l'immeuble, rendue aveugle en rez-de-chaussée. La société propriétaire des garages reproche, à juste titre, à la société de construction d'avoir inversé la pente des toitures des garages, avec des conséquences concernant l'écoulement des eaux. Après connaissance du sujet, la copropriété, prise en tenailles par la plaignante doit, à son tour, après difficulté à convaincre le gérant, se retourner contre le constructeur de l'immeuble. Là encore, il faudra des années et les frais d'un avocat, pour obtenir que soit jugée cette situation complexe.

Les garages en question, ayant fait l'objet d'un examen attentif, à partir fenêtres des étages, allaient donner en pâture, à la gente copropriétaire, une sordide et cocasse affaire. En effet, ne voilà-t-il pas que l’œil particulièrement exercé d'une dame, au dire de chacun, parfaitement honnête, découvre un jour, sur la toiture de ces abris à voitures, étalés, encore humides et presque honteux de leur destin, ce qu'il est convenu d'appeler des préservatifs récemment utilisés.

La dame courroucée, porte immédiatement le pet, auprès du concierge qui avoue son impuissance, auprès du gérant qui fait part de sa perplexité, et finalement auprès de qui veut l'entendre dans la cour de la résidence, et lui fait savoir qu'il convient d'aviser. La consultation populaire rassure un peu la dame, mais une autre capote atterrit sur le toit récepteur. Aussitôt, d'autres plaignants, qui dorénavant jettent un regard inquisiteur sur le toit, dénoncent à leur tour cette infraction, et exigent que le porteur soit recherché.

En privé, nombreux sont ceux, qui non concernés, se gaussent de cette situation.

Un des plus convaincu de la qualité de son bel esprit s'exprime ainsi :

« Il convient de mettre un Olla à ce foutoir et de stopper l'action de ce petit sauteur à l'élastique... qui plus est sème à tout vent... »

Quand la situation vient à être évoquée en Conseil de surveillance, l'imagination égarée des différents membres se donne libre cours, en présence d'un gérant impassible, véritable

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