AU DELÀ DES BOUCHURES
synthèse d'un gourmet de la bêtise humaine et d'un patient et attentif entomologiste. Le pharmacien Portal est personnellement prié de donner le nom des clients de l'immeuble qui lui achètent des boîtes de capteurs de liquide séminal... Au nom d'une morale commerciale, Portal, observant une dignité de circonstance, s'y refuse, mais ne se prive cependant pas de suggérer le coupable comme habitant du quatrième ou du cinquième étage ayant fenêtres à l'ouest. Les membres du Conseil, soudain promus gendarmes, prennent acte de l'allusion. Ainsi l'étau semble se resserrer …
Le soupçonné, industriel connu, réputé homme aimable et courtois, portant cardigan en cachemire, conduisant une flamboyante DS, époux d'une dame d'excellente tenue, père de deux enfants sans histoires, est objectivement peu susceptible d'une mise en examen... Alors, l'affaire va-t-elle, si l'on peut dire, capoter...? Eh bien non, puisque ce père de famille courageux viendra, rapidement, et de lui-même, confier sa peine, voire sa honte, à certains d'entre nous :
« Messieurs, je suis confus de vous confier ma découverte... Il s'agit de mon fils, jeune adolescent qui a voulu découvrir l'émotion hormonale et la traduction de sa récente mais bouillonnante puberté... Il s'y est pris à sa façon, de manière à ne rien salir et ne pas attirer l'attention.... d'où ce regrettable constat... et la situation embarrassante dans laquelle je suis.. Je lui ai parlé... comme il convenait, sachez que l'incident a été traité convenablement... et définitivement... »
Devant le courage, la sincérité et la dignité de ce père, les confidents, par ailleurs momentanément invités à se souvenir de leur adolescence, ne pouvaient que faire montre de compréhension et de sympathie. Dans la plus grande discrétion, l'affaire fut progressivement oubliée...
Ainsi se terminait, à cinq kilomètres de l'aéroport d'Orly, ce qu'un bien mauvais esprit avait appelé l'affaire des préservatifs volants...
À titre individuel, l'état du parquet mosaïque Noël, en qualité de bois et de pose, posait problème et consommait mon énergie. Les critères de jugement sur la recevabilité des travaux portaient sur la présence et le nombre de « nœuds vicieux » dans le bois et l'espace toléré entre lames du parquet collé.
À la suite de mon refus de traiter avec lui, le bellâtre grouillot du cabinet d'architecture avait vu sa mission dans l'immeuble se terminer. J'avais en conséquence directement accès à l'architecte portant la légion d'honneur. Suite à un premier remplacement du plancher dans la totalité de l'appartement, je lui fis part de façon véhémente de mon second refus de réceptionner les travaux. Il me proposa en retour une visite de mon appartement et, curieusement vint accompagné de l'avocat de son Cabinet.
J'avais passé un dimanche entier à préparer les arguments de mon refus, en coloriant en bleu toutes les lames du plancher, que le passage d'une lame d'épaisseur de 5/10ème avait dénoncées ou qu'un nœud vicieux trop important interdisait. À ce petit jeu, c'est un parquet bleuté à soixante pour cent de la surface et un client déterminé qui accueillirent, les deux distinguées professions libérables, dans la salle à manger ou se trouvait, encore en déplacement, le lit conjugal...
L'entretien fut dès origine tendu, avec un architecte qui était venu dans la seule intention de me convaincre d'accepter les travaux, au motif « qu'on allait pas refaire mon parquet une troisième fois... ». Il devint explosif quand Maître T, avocat au barreau de Paris, se crut autorisé à tenter de m'intimider, qui plus est, en s'asseyant sur le lit conjugal demeuré dans la salle à manger...
Furieux, je libérai ma plaidoirie, sur le ton qui me semblait convenir concernant les deux clampins :
« Veuillez ne pas vous asseoir sur mon lit, sinon je vous demanderai de prendre, vite fait, la porte... Et maintenant écoutez-moi bien tous les deux..., Avec l'entreprise et vous, je consomme six à huit heures par mois, que je récupère avec des heures supplémentaires... Ma situation n'est pas la vôtre, j'ai acheté ce logement avec plusieurs crédits... et je n'ai rien à perdre à faire valoir mes droits... Alors ce parquet sera remplacé, sinon ce sera la guerre... J'irais convaincre tous ceux qui dans l'immeuble sont dans la même situation que moi mais
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