AU DELÀ DES BOUCHURES
« Disons deux mille... »
« Deux mille deux cents, s'il vous plaît... et je signerai votre lettre...»
« Soit ! Je vais dicter la lettre à ma secrétaire … »
« Certainement pas, vous allez me dicter ce que vous souhaitez que je signe et je ferai taper la lettre moi-même... mais pas sur papier ayant le nom de votre entreprise pour en-tête...! »
Je suis rentré immédiatement à Choisy encaisser le chèque. Le lendemain, j'ai, comme demandé par mon interlocuteur, confié la lettre dite de renonciation au chef de chantier de l'Entreprise. Au recto, elle portait le texte proposé par le directeur de la société de construction, mais au verso je précisais conserver toute latitude d'action concernant les procédures en cours et celles éventuelles à venir.
Il me restait à informer les membres du Conseil de surveillance de ma négociation et de son aboutissement. J'en touchai un mot à deux d'entre eux, avant d'envisager d'en parler officiellement en séance. Je reçu deux réponses allant dans le même sens, savoir, d'une part, qu'il s'agissait d'abord d'une affaire individuelle et qu'il ne convenait pas de déclencher un appétit général d'indemnisation auprès de l'ensemble de la copropriété, d'autre part, comprendre que pour certains copropriétaires, cette indemnisation que j'avais eu « l'audace » d'aller demander, pourrait être mal ressentie, du fait de mon appartenance au Conseil de surveillance …
Quelque peu surpris, et gêné, je décidai et promis de garder le silence...
En plus des procédures en cours, le conseil de surveillance, devenu conseil syndical, eut à se mêler, avec plus ou moins de succès, de ces délicieux moments de propriété que sont les discussions intéressant les parties communes et les charges.
La pénétration des véhicules individuels dans la cour d'immeuble, les dépenses affectées à l'entretien des jardins, la propreté du local affecté aux poubelles, la décoration des halls d'entrée sont autant de questions au sujet desquels l'ambiance des assemblées générales, chauffée par quelques roquets ou matamores ou troublée par quelques dames Michu à l'extrême de leur émotion, atteignaient souvent le degré d'exaltation d'une soirée électorale... Quant à la discussion concernant la répartition, selon l'étage, des charges de chauffage, elle réussissait à associer avec succès, dans un concubinage citoyen abouti, le bon droit affiché des égoïsmes et la turgescence des quant à soi en érection. Ces interventions, d''un large éventail de génotypes, représentaient pour moi certes un régal, mais aussi une fatigue. Ils n'arrêtaient pas de m'interpeller sur la nature singulière et les patentes contradictions du genre humain.
Membre du Conseil de surveillance depuis origine, puis successivement membre et président du Conseil syndical, j'ai assuré ces fonctions durant huit années. Cette expérience qui me permit de découvrir à la fois le monde du bâtiment, celui de la gestion d'immeuble, et celui des clercs de la basoche, fut une très intéressante et parfois stupéfiante découverte.
Après terminaison des travaux intérieurs à notre appartement, il fallut bien, en fin d'année mil neuf cent cinquante-neuf, envisager d'en tapisser et peindre les pièces. Ces travaux n'étant pas de ma compétence, je songeai à prendre un artisan parmi le lot de ceux qui s'étaient déjà produit, avec plus ou moins de succès, chez différents copropriétaires, dont j'avais visité l'appartement.
Monsieur Munet, excellent collègue au Conseil de surveillance et son épouse étaient de ceux-là. Et, point particulier, chez eux, c'est le même artisan qui avait réalisé les peintures, les tapisseries et traité le parquet. Le travail réalisé était d'excellente qualité.
Madame Munet, septuagénaire, à la fois aimable, généreuse, pleine d'esprit et accessoirement petit tyran domestique, parlait de cet artisan en termes élogieux, mais manifestait assez souvent son vif agacement devant ce qu'elle appelait les particularités de cet homme que, par
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