AU DELÀ DES BOUCHURES
Max Pangburn, fit contre mauvaise fortune bon cœur et eut l'humour de me féliciter en ma qualité de français si apprécié de sa belle-mère.
Par la suite nous demeurâmes en relation épistolaire, Max renouvelant chaque année son invitation à le retrouver dans sa superbe et grande maison en banlieue de Seattle et de là, avec lui, rejoindre Vancouver et ensuite, via un vol en hélicoptère qu'il pratiquait chaque année, d'aller pêcher le saumon sauvage « dans un endroit à lui ».
À l'époque, avec mon épouse, nous n'avions ni les moyens, ni il faut bien l'avouer, l'envie de nous lancer dans ce genre d'aventure. Nous n'avions pas non plus la possibilité, en retour, d'inviter Max et son épouse à Paris et de les recevoir dans notre modeste appartement de Choisy-le-Roi. Chaque année, avec regrets, je déclinais cette aimable et intéressante invitation et un jour, de mon fait, nos échanges de courrier cessèrent.
Au premier mars 1960, la division de GE prend le rang de Département et l'actuel chef, Jean Bavoux, nous quitte pour prendre le commandement d'un nouveau département regroupant deux précédentes unités : la division de révision des équipements non électroniques et la division des ateliers généraux. Un arrosage général, d'envergure et de qualité, salue son départ. Son successeur désigné, Pierre Carriole, est nommé chef du département Grandes Visites (désormais DGV).
Georges Valette, Ingénieur, syndiqué cadre Force Ouvrière — précédemment en poste comme chef du détachement technique d'Air France, auprès de Boeing, à Seattle (après avoir été chef d'un détachement Air France, auprès d'Égyptair au Caire) — prend le poste d'adjoint chargé de la production. Un agent de maîtrise, aux propos habituellement mesurés, qui avait fait partie du détachement en Égypte, assure d'un air un peu entendu, qu'au Caire Valette avait été arrangeant avec toute l'équipe, désirant simplement que le travail soit fait et qu'il n'y ait pas de problème... afin qu'il puisse régulièrement et en paix, pratiquer le cheval dans un club anglais...
Importante tête ovale surmontée d'un crâne dégarni avec large tonsure arrière, regard de myope semblant prendre appui sur de puissantes narines d'un nez long et fort, de bonne taille et de noble prestance, très bien habillé de tweed marron clair et arborant façon british, un jovial nœud papillon, conservant, le plus souvent, une main gauche plate et immobile en poche, l'homme de deux précédents détachements, — dont l'un ayant privilégié l'équitation —, montre dans ses nouvelles fonctions, un air très détaché, avec, ajoute l'un d'entre nous, ... des façons parfois cavalières. Au bout d'un mois, alors que l'intéressé apparaît, le plus souvent, comme « en bandoulière » du chef d'organisme Carriole, et peu désireux de prendre ses propres marques, le jugement de tout l'encadrement de l'unité — exprimé avec la gouaille que l'on devine, mais aussi avec la précaution qui sied à ce genre de situation — est établi. Georges Valette, d'évidence, et comme on dit lorsqu'on ne veut pas se compromettre, ne semble pas fait pour ce poste.
Pour être honnête, je me dois de dire que Georges Valette, avec moi, n'est pas désagréable, qu'il me manifeste même quelque sympathie. Bien que toujours un peu mondain d'apparence, et s'évertuant de donner le change, il semble traîner avec lui un ennui permanent, qu'il rompt cependant, en très petit comité, à l'aide d'un humour véritable, mais vite remis en réserve si jugé nécessaire.
Nos bonnes relations intègrent progressivement un niveau de confiance qui me satisfait.
En effet, chaque samedi de deuxième semaine de visite, jour travaillé sur chaîne en horaire 5-6-4, notre adjoint de production assure officiellement le commandement de l'organisme. Mais compte tenu de ses contraintes domestiques — en l'espèce une mère exigeante, qui habite le distingué 6ème arrondissement de Paris, et l'attend à déjeuner —, le père Valette me confie le numéro de téléphone de la distinguée génitrice, me recommande de l'appeler en cas d'urgence. Gardant son sérieux, il ne manque jamais de préciser qu'il devrait normalement revenir en milieu d'après-midi... et s'estompe.
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