Je pense soudain à Roger Dombre, à Pierre Topenas qui pourrait tenir le poste, également au valeureux Jean-Marie Thévenet qui s'approche de la cinquantaine et pour qui Carriole a enfin obtenu, hors passage d'épreuves A, B, ou C, sa promotion d'agent de maîtrise.

Soudain, je me libère :

« Oui, tout cela est exact, alors d'accord pour continuer de récompenser l'ancienneté, mais ne mettez pas dans un poste où il faut tirer trois coups par semaine, quelqu'un qui a du mal à baiser une fois par mois... »

Valette, pris de cours, abasourdi par la verdeur de ma déclaration, laisse finalement échapper :

« Ah... vous croyez que c'est ça le problème ? … »

Je le rassure un peu en lui rétorquant que c'est une image pour illustrer mon propos. Perplexe, mais cependant un peu amusé, mon interlocuteur me remercie...

Au mois de mai 1960, Jean Mirikelam, Ingénieur principal, est nommé chef du service Préparation, et coiffe désormais Yvon Lebel, lequel ne commande plus que la dizaine de personnes de l'Échelon central en charge des bons d'opérations. J'accueille avec plaisir cette nomination que je considère comme une marque de considération pour la fonction Préparation.

Cheveux noirs et drus coupés en brosse courte, épais sourcils noirs, deux grands yeux bruns foncés, repliés en observation derrière d'épais verres rectangulaires non cerclés fixés avec modernité à une élégante monture métallique, visage gris-clair aux joues épaissies de quelqu'un qui ne méprise pas la bonne chère, Mirik (je l'appellerai ainsi plus tard), — de taille normale, cravate unie et chemise blanche mais qui, à trente ans, sangle déjà un excédent pondéral, d'au moins six kilos, dans un trois pièces bleu marine sur mesure au gilet tendu et dénonciateur, — donne parfois, et par le ton et par le regard, l'impression de toiser son interlocuteur. Complétant l'image déjà ressentie par d'aucuns, ce « jeune » (ainsi l'a baptisé Yvon Lebel dont la rancœur puise même aux sources du générationnel), qui rejoint chaque matin son bureau du second étage vers huit heures trente, éprouve le besoin de s'appuyer à la rambarde en fixant d'un regard de procureur en cour d'assises, un atelier dont il juge les professionnels insuffisamment actifs. Et cette attitude agace fort les gens de l'atelier. Y aurait-il chez ce bourgeois aux formes déjà un peu replètes, l'âme noire d'un patron de combat ? Personnellement, l'homme ne m'apparaît pas mauvais bougre, mais velléitaire, un peu provocateur, très imprudent et par instants naïf. Observant rapidement, mais avec discernement, les agents de son service, il décide d'accorder sa confiance à Charles Duménil pour l'approvisionnement et, compte tenu de son intérêt pour le jet long courrier, … à moi pour tout ce qui touche la fonction préparation appliquée à la chaîne B707.

Seconde quinzaine de juin 1960, accompagné du chef contrôleur « équipement » Jean Mouton, il effectue une mission à New-York, auprès de la compagnie Pan American Airways, afin de prendre connaissance de l'organisation du grand entretien des B707 par cette importante compagnie. Le jeu de Jobs cards (bons d'opérations), « avion et équipements » utilisé par la Panam, et ramené par le tandem enquêteur, présente deux caractéristiques différentes de ceux préparés par Air France. Alors que nos documents sont établis par circuits, sur feuilles de papier du grammage basique de 80 g, — donc fragiles et seulement disponibles au pupitre du chef d'équipe, — chez Panam, les Jobs cards, établies pour chaque circuit, observent un découpage par zone, — disposition qui permet, au niveau du planning de prendre en compte et traiter (horaire 2X8 ou 3X8) l'encombrement de certains postes de travail, —, leur format 13x18, ainsi que le grammage de 150g du papier utilisé, permettent de confier directement le document de travail, plus résistant, aux compagnons.

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