AU DELÀ DES BOUCHURES
Janvier 1961. Suite au stage précédemment évoqué, j'apprends avec joie que je bénéficie d'un avancement exceptionnel. L'ancien tubar à vingt-cinq ans et demi et est désormais à l'échelle 11. En ce début d'année, deux événements se produisent.
René Brian, (ancien apprenti de Vilgénis, de la promotion 47/50) est affecté à la préparation et, plus précisément dans mon groupe, à fin de formation pour devenir agent de chaîne sur une future seconde ligne de grand entretien B707. Cette collaboration fructueuse avec René, mon « ancien » de deux ans, et la suite originale intervenue, font l'objet d'une chronique ultérieure.
Suite à des problèmes de santé, Jean Maquenhem, Ouvrier spécialisé qualifié, mastiqueur sur avion depuis une huitaine d'années, est également affecté à mon groupe comme suiveur de pièces. Compte tenu de la forte nocivité, donc de la dangerosité des produits utilisés pour traiter l'étanchéité des réservoirs d'avion, les agents chargés des travaux de masticage ont l'obligation de travailler avec des masques, de respecter un temps de travail déterminé à l'intérieur de réservoirs ventilés, en alternance avec un temps de repos. Ils font l'objet d'un suivi médical continu et subissent régulièrement une prise de sang, le risque le plus grave encouru étant la leucémie. À juste titre, les agents bénéficient d'une prime horaire significative, laquelle n'est plus versée à l'intéressé lorsqu'il change d'emploi. Grand, costaud, le cheveu fin et rare, un fort visage allongé éclairé par le regard un peu triste de deux grands yeux marron aux cernes accentués, la personne m'apparaît abattue par ce qui lui arrive. Dès terminaison de sa présentation par sa hiérarchie précédente, je mesure la situation de l'intéressé. Je l'entraîne immédiatement à part pour un entretien et m'efforce de l'accueillir très cordialement. Ensemble nous évoquons ses résultats d'examen sanguin et il veut bien me confier qu'à cet instant l'inquiétude ne concerne que les globules rouges, lesquels depuis déjà un semestre, sont en dessous de la normale. Je l'assure de ma sympathie et lui assure également la considération des autres membres du groupe, auquel il appartient désormais. Après lui avoir clairement précisé que je demeure à sa disposition en cas de problème, je le confie aux deux préparateurs qu'il connaît déjà et, avec qui il va dorénavant travailler. Jean Maquenhem s'intègre rapidement, courageusement et assez harmonieusement à ses nouvelles fonctions. Je veille à lui justifier dix-huit heures supplémentaires par mois.
Les visites des avions se succèdent normalement. Mon occupation majeure se situe auprès des chefs d'équipe afin de saisir, au fur et à mesure des contacts et entretiens, tous les points qui, quelle que soit leur nature, sont susceptibles d'entraîner des difficultés directes ou indirectes sur le chantier ou de freiner le déroulement de la visite. Long et patient travail de terrain qui devrait, ultérieurement, porter ses fruits. Sur le plan matières, volume très important de travail pour les préparateurs, mais avec un Parts catalog très agréable à exploiter. Par ailleurs, les réponses de l'avionneur Boeing aux dépannages matières, effectués via le magasin, sont satisfaisantes, y compris en délai. Albert Dougnat, qui semble désormais marquer un peu de considération au travail du groupe, pose journellement un œil sagace sur le planning gouttières.
En ce début de juin 1961, nous sommes tous fatigués mais en même temps heureux du bon déroulement des chantiers d'une campagne qui s'achève dans quinze jours. Pierre Carriole qui tourne de plus en plus autour de la chaîne, semble à la fois satisfait et préoccupé. Certes, il ne lui vient à l'idée de remercier personne, mais je sais que dès juillet il se laissera aller à quelques lettres de félicitations avec prime. Mais là, quelque chose de plus le turlupine... Quelques jours passent, puis un jour, la main gauche en poche, il me fait signe de l'accompagner. Prêt à effectuer quelques allers-retours, sur la voie de circulation du hangar, obéissant et curieux, je le suis.
« Dites donc, mon jeune ami, sachez que le programme industriel de la prochaine campagne ...
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