La rédaction elle-même de cette note (que j'ai toujours conservée), et dont Mirik était certainement l'auteur, m'apparut manquer de beaucoup de rigueur. Elle portait, au fil des paragraphes nombre d'indications peu claires voire inexactes. La confusion la plus totale régnait en particulier, dans l'usage des termes importants que sont les rôles, les fonctions et les tâches. Plusieurs inexactitudes s'étaient glissées çà et là. Les mots utilisés étaient, dans certains cas, contestables. J'étais déçu des qualités rédactionnelles de mon chef et très étonné que Carriole ait signé ce texte en l'état, texte il est vrai rédigé par Mirik, un ingénieur à propos duquel, Robert Cypkin, (notre instructeur à Vilgénis, désormais patron du « super contrôle ») avec qui j'avais parlé récemment, déclarait, sarcastique, en salivant de plaisir, qu'il avait trouvé son diplôme dans une pochette surprise. J'observais également que cette note, qui portait sur l'organisation du Service Préparation, avait été émise en tant que note intérieure. Pour moi, désolé, bien qu'éventuellement utile à ma carrière, cette note était un peu bricolée. Y avait-il une raison ?

Dès après cette nomination, après avoir, en toute confiance, confié le groupe sur chaîne B707 à René Brian, je fus installé dans un bureau en position centrale du rez-de-chaussée du hangar. Je fis rapidement fabriquer un petit meuble mural — afin de disposer, en fond de bureau, à accès ouvert (donc aisé) différents classeurs — et, après avoir mis sous plastique et fait encadrer de modestes baguettes en bois, la seule reproduction que je possédai, intitulée « la liseuse sur la rivière boisée », je l'installai au-dessus du meuble, en arrière du siège de mon bureau. Dès sa première visite, Carriole, après m'avoir serré la main, fixa le tableau un instant et, sans reproche mais avec curiosité, me demanda la raison de ce choix, évoquant la surprise possible des « gars de l'atelier ». Surpris et n'ayant pas de motif autre que de mettre un peu d'art dans un milieu industriel, je m'en tirais une fois de plus par un mot, que je voulais d'esprit :

« C'est vrai qu'ils vont me regarder à travers les vitres, … mais moi, en retour, je souhaite les voir à travers les Corot ! »

Carriole esquissa un sourire rapidement effacé par une perplexité qui demeurait sur son visage.

Les quatre contremaîtres qui démarrent la campagne 1962/1963, sont Albert Dougnat (chaîne B707 en deux semaines), Raymond Pagès et Oscar Pluchart pour les deux chaînes SE 210 (en trois semaines), et François Bojeat pour la chaîne des avions conventionnels. Mon précédent poste est désormais tenu par René Brian, lequel a ma confiance pour gérer une importante charge de travail. Sur la chaîne, des dispositions nouvelles, sont affinées et vont devenir la règle. Le nettoyage des portes de visite est accéléré Ainsi, pour alimenter, dès le premier jour, la charge de travail des chaudronniers, les portes de trains, démontées le dimanche par l'équipe d'entrée, — immédiatement prises en mains par l'équipe de la station de lavage dirigée avec finesse, et compétence (équipes et procédures) par Jean Bienvenu (CIV 48/51) — sont mis à la disposition des « choumacs » dès onze heures, le premier jour de visite. Ce même premier jour de visite, les trains d’atterrissage démontés par l'équipe du matin, sont transférés, sur chariots, pendant l'heure de midi, en travée 2, à la division de révision des équipements, pour débuter une révision hors cycle de seize jours4, progressivement ramenée à 14,5 jours. Dès la fin du second jour de visite, tous les éléments révisables sont partis dans les différents ateliers, lesquels ont, rapidement intégrés les effets de l'immobilisation des grandes visites B707 en deux semaines. Dans la réalité journalière, du fait d'un certain nombre d'exigences nouvelles et de remises en cause obligatoires, liées aux notions majeures de coût et de délai, ce qui est progressivement en train de rentrer dans les mœurs, dans tous les organismes de la Direction du Matériel, c'est l'organisation nouvelle du travail prenant — plus ou moins consciemment, mais de plus en plus — en compte, le raisonnement économique5, propre à tous les domaines de notre activité industrielle, qui a pour objectif la disponibilité de vol, de coûteux moyens, que sont les avions.

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