AU DELÀ DES BOUCHURES
Au début du mois d'août Jean Treins, victime d'un abcès au foie, subit une opération et, au retour d'un court temps de convalescence, se voit confier le poste de chef du service des contrats industriels. Un mois et demi après ses trente-huit ans, (il est né un quatorze juillet) et un peu plus de quatre mois après son arrivée, le mystérieux et déterminé Jean Treins, quitte le grand entretien.
Claude Kientz, ingénieur ENSE, — depuis son retour du Centre d'Alger (ou il avait le poste d'adjoint technique au chef de centre), en charge de la production à la division Aménagement cabine et Armement commercial de la Direction du matériel, — est annoncé pour le remplacer dès début octobre.
Visage solaire, cheveux courts légèrement frisés, d'un châtain orangé et coiffés d'une raie incertaine, sourire franc parfois rayonnant, avec des sourcils légèrement arqués coiffant un regard portant une naturelle bienveillance, cet alsacien mâtiné pied-noir, au teint bronzé, au physique de sportif, à la taille quasi mannequin, semble n'avoir quitté que très récemment un poste de « G.O. section voile » d'un club Méditerranée. En fait, aux agréables séances de voile hebdomadaires d'Alger, ont déjà succédé les week-end de tennis à Vilgénis, durant lesquelles dit-on, Kientz, — dont la puissance de frappe accompagne, sans jamais s'épuiser, tous les échanges de balles, — se comporte, en véritable homme de court et tout comme le soleil en met un rayon.
L'homme, dont l'âge dépasse à peine la trentaine, personnage avenant, curieux, attentif, franc, avec un léger côté boy-scout, est parfois pressé et s'il estime qu'il perd son temps avec un interlocuteur léger ou un fâcheux qui le retarde dans son travail, sa mâchoire observe alors une légère crispation qui traduit son impatience. Et lorsque quelqu'un, dans une séance de travail, lui suggère assez rapidement, une solution intelligente et harmonieuse à un problème important, il a le bon goût de traduire, bien sûr après réflexion, une réelle satisfaction par une déclaration facétieuse mesurée type cousue main, du genre : « ... effectivement, ce que vous proposez, ne me paraît pas complètement idiot … », qui donne à l'inventeur d'une bonne idée, l'impression d'en être récompensée avec de la petite monnaie et d'avoir encore beaucoup d'efforts à faire, avant d'éventuellement mériter quelques applaudissements. Kientz est un homme centré sur son travail et ses responsabilités
Fait majeur, que je ne manque pas de noter : pour la première fois depuis que je travaille au grand entretien, un ingénieur — chargé d'animer, de conduire, de diriger la fonction production à travers quatre chaînes de révision et un atelier de traitement des sous-ensemble —, n'est pas, contrairement à ses quatre prédécesseurs, nommé Adjoint chargé de la production. Claude Kientz est Chef du service des Ateliers. J'aurai, l'occasion de revenir sur ce type de situation différenciée, surprenant et parfois choquante, souvent observée à l'occasion de nominations.
Le service Préparation demeuré sous le commandement de Mirikelam, n'est donc pas placé sous le commandement de Kientz, mais Kientz a obtenu que le service Lancement et coordination, dont j'ai la responsabilité, lui soit rattaché. Situation curieusement arbitrée, dont je bénéficie cependant, du fait de mon appartenance désormais hiérarchique et directe à celui que je considère, dans les faits, comme étant l'adjoint production. Mirikelam, très mécontent de la perte du service dont j'ai la charge, est un peu déstabilisé. J'ai beau lui préciser que je conduirai mon travail comme d'habitude et que les relations fonctionnelles avec les autres secteurs de la préparation demeureront bien évidemment inchangées, il demeure de mauvaise humeur.
Kientz opérant avec méthode, application et détermination, prend possession de son domaine. Assez rapidement, il gagne l'adhésion des chefs de chaîne, la mienne, également celle de Roger Dombre, avec lequel, concernant les mouvements d'effectifs, il est en relation fonctionnelle journalière.
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