AU DELÀ DES BOUCHURES
Fin mai 1964, je n'ai pas encore reçu confirmation de ma désignation officielle pour aller au CÉSI. Par ailleurs, je vais avoir vingt-neuf ans, et je suis en fonction dans mon poste de chef du service Lancement/coordination depuis octobre 1962. J''éprouve le besoin de parler de ma situation, avec Carriole. Nous voilà donc, à nouveau, repartis en marchant sur le « boulevard des entretiens » (allée de circulation du hangar). Carriole est aimable avec moi, alors j'en profite pour l'interroger concernant mon aptitude catégorie IV et, très directement, je lui demande s'il va me présenter à la promotion. Carriole, qui semble dans de bonnes dispositions me répond alors en toute franchise :
« Non je ne souhaite pas vous présenter, car à votre âge et comme vous n'êtes pas syndiqué, aucun syndicat n'appuiera votre candidature, et quant à notre directeur Monsieur Picassette, avec qui j'ai évoqué votre cas, il a levé les bras au ciel, en me répondant : «« mais où est-ce que vous voulez l'amener celui-là...»» …, donc tant qu'un syndicat ne défend pas votre cas, je ne peux rien pour vous, sauf vous envoyer au CÉSI... »
« Donc, dans le meilleur des cas, j'aurais ma promotion en avril 1968, et, avec deux avancements exceptionnels, j'aurais traversé la catégorie 3 en douze ans comme tout le monde tout en ayant tenu un poste catégorie IV pendant trois ans et demi... vous trouvez ça juste ? »
« Le problème n'est pas là, je vous ai fait toucher du doigt comment ça marche … et ni vous, ni moi, n'y pouvons rien … »
J'éprouve le besoin de libérer un peu mon aigreur :
« C'est comme cela que ça marche à la direction du matériel, dans une France où avant quarante ans on est un jeune con et dès après le quarantième anniversaire, un vieux con ! Ce n'est pas une gestion très dynamique des carrières, c'est une gestion principalement administrative. C'est curieux, mais la compagnie ne fait pas comme ça avec le personnel navigant... Heureusement d'ailleurs ! »
Carriole m'observe attentivement, et finit par m'annoncer que mon départ au CÉSI est toujours envisagé pour avril 1966.
Juin 1964, mission à Beyrouth. Midle East Airlines vient de naître d'où la liquidation d'Air Liban. Air France, principal actionnaire de la précédente compagnie, doit récupérer deux DC 6 B, (avec la documentation technique, les documents de travail y compris la liste des travaux supplémentaires en attente), plus deux moteurs de rechange et plusieurs tonnes de matériels. Carriole a insisté pour que l'élingue de manutention des moteurs ne soit pas oubliée. Première mission conduite par Charles Duménil, accompagné par Guy Riou et moi, afin de prendre connaissance des listes de matériel et démarrer, sous contrôle, les mises en caisses en vue expédition à Orly. Nos correspondants sont Claude Blais, un ancien d'UTA, devenu chef d'atelier d'Air Liban et Élie Daoud, un libanais, diplômé de l'école américaine de Beyrouth qui parle un excellent français. Contact on ne peut plus cordial.
Température extérieure supérieure à 35°C.
Horaire de travail 7.00/13.00 heures. Le plus gros travail consiste à identifier le matériel qui revient à Air France et à limiter les disparitions de certains postes, compte tenu du petit commerce des pièces et/ou matériaux et de plusieurs acquéreurs qui auraient tendance à se manifester...
Sous l'autorité d'Élie Daoud, la gentille secrétaire libanaise du service Préparation, moyennement trilingue, établit les épais listings, en jonglant avec beaucoup d'intelligence entre les langues arabe, anglaise et française.
Seul affecté à l'emballage de tous les matériels, dans un magasin très encombré, un nommé Michel, manœuvre palestinien remplit et ferme les premières caisses. Borgne, il travaille, sans interruption, six heures durant et déjeune, sans s'arrêter, d'un modeste sandwich. J'en fais la remarque à Duménil, qui apprécie comme moi, le comportement du modeste magasinier.
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