AU DELÀ DES BOUCHURES
Kientz possède une puissance de travail et une capacité d'animation exceptionnelle, une excellente mémoire, et tout en ayant ses objectifs, écoute attentivement les arguments de chacun avant de fixer sa décision. Ma collaboration avec lui est désormais bien rodée, fonctionne en pleine confiance, et à un rythme soutenu. L'action continue et coordonnée, sur tous les plans porte ses fruits. Mes relations avec les autres divisions se sont élargies au fur et à mesure des missions ponctuelles qui me sont confiées.
Concernant mes études, l'objectif 1963/1964 ayant été franchi avec succès, je démarre désormais Maths et Physique générales au CNAM. Deux fois par semaine, dès 17 heures, je saute dans ma 2 chevaux direction Boulevard de l'Hôpital, gare la bagnole « où et comme je peux » et fonce en courant vers le 151...Puis, tout en haut de l'espace, assis aux dernières marches d'un amphi plein à craquer, une journée de travail dans les pattes, l'esprit déjà inquiet, j'assiste alors éberlué aux démonstrations de mathématiques de Monsieur Alexis Hocquenghem (surnommé le grand Ôkaï ) qui noircit d'un rythme tranquille cinq tableaux successifs de cinq mètres carrés chacun, en une heure de cours. Un autre soir, c'est Pierre Fleury qui, scruté du même endroit, assis devant son pupitre — à la façon d'un Pierre Dac débitant imperturbable son sketch Sar Rabindranah Duval, — dispense, sans que le courant passe toujours, son cours de Physique générale. Dans ces conditions, la qualité de ces deux éminents professeurs n'étant pas en cause, je doute souvent de mon coefficient intellectuel et dois passer de longues heures à la maison pour reprendre mes notes et effectuer, parfois avec peine, les exercices hebdomadaires confiés.
Au hangar, le rythme ne faiblit pas. Au mois de décembre 1964, Kientz me fait l'honneur d'une fiche d'orientation et de carrière (FOC ) précise, évitant les termes généraux et, pour tout dire élogieuse. Carriole, sobre à son habitude, a lui aussi porté un jugement flatteur et précisé mon départ au CÉSI en mars 1966.
Mais le grand entretien, ce sont aussi les tiers et au printemps 1965, c'est la grande visite d'une Caravelle appartenant à la compagnie Tunis Air. Occasion de faire connaissance avec Amar (le bâtisseur en arabe) Miaoui (CIV 53/56), représentant technique de sa compagnie. L'homme naturellement imposant au physique, au regard chaleureux et intense d'un chef de tribu bédouine, qui d'entrée de jeu s'est présenté et m'a salué, sans flagornerie, en qualité d'ancien, se montre aussitôt organisé, attentif voire vigilant, précis, et appliqué.
Le beau ténébreux défend à juste titre, avec talent et pugnacité, les intérêts de la jeune compagnie tunisienne, et après des arbitrages âprement discutés, notre estime réciproque devient sympathie. Pas un instant pourtant, je n'imagine alors que ce grand jeune homme responsable, et par moments si observateur, devienne finalement directeur général de Tunis Air, et qu' il reçoive un jour à Tunis, en lui manifestant, avec tact et sobriété, son d'estime et beaucoup d'égards, un autre ancien apprenti de Vilgénis, devenu responsable de la production du Centre de Montaudran.
Au mois de mai 1965, le rythme pratiqué depuis octobre dernier — cours et veillées du soir ajoutés aux heures de travail — se traduit par une fatigue de plus en plus importante. Consulté, mon ami le docteur Vermot, peu enclin à délivrer des arrêts de travail, m'interroge et m'examine et m'enjoint de cesser toute activité pendant trois semaines. Un peu déprimé, avec onze de tension, et à la veille des examens du CNAM pour lesquels je m'estime insuffisamment prêt, et par ailleurs physiquement et intellectuellement incapable d'un effort de synthèse, gêné je fais part à Kientz de ma situation. D'abord surpris superKientz, se montre compréhensif et m'invite à son tour de me reposer. Je débute alors mon premier arrêt de travail depuis octobre 1954.
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