Alors le faisant fonction cadre du service Lancement-coordination qui, il y a peu de temps, en prenant en compte avec pragmatisme toutes les contraintes connues, a étudié de façon détaillée et pratique, le planning de grand entretien du B 707, informé de ce qui se passe par un Kientz naturellement passionné, et agacé par ce qu'il considère, en l'espèce, comme la réinvention de l'eau chaude, intervient de tout son cœur pour mettre fin à l'espoir illusoire d'utiliser un jour l'ordinateur pour maîtriser l'ordonnancement de la totalité des opérations concernant une visite. En effet, au niveau exécution, l'activité d'entretien avions, comme toutes les activités industrielles est certes une affaire d'organisation, une affaire de moyens (installations, outillages, approvisionnements matières), mais elle demeure avant tout une affaires d'hommes, dont l'expérience, la réflexion et le jugement doivent demeurer essentiels dans la gestion de tous les aléas techniques et humains, et des dispositions ponctuelles intéressant le déroulement harmonieux du chantier.

Un jour des premiers jours de décembre 1966, fin de matinée, Kientz descend du bureau de Carriole où, ce jour là, s'est tenue depuis neuf heures, la réunion de commandement destinée à arrêter tous les avancements de la maîtrise (catégorie III) et de l'encadrement (catégorie IV) de l'organisme. Le visage contrarié, il m'invite à le suivre dans son bureau. L'air ennuyé, il twiste un peu derrière son chaise puis s'assied et démarre d'une voix un peu sourde, un peu confidentielle :

« Bon, on vient de terminer la séance des avancements … J'ai défendu votre cas, en tenant compte de votre travail dans le poste que vous occupez actuellement et, malgré tous mes arguments, je n'ai pu obtenir qu'on vous propose pour une échelle bis (demie échelle...) »

« Il y a eu de l'opposition... Que s'est-il passé...? »

« Non pas d'opposition sur les appréciations concernant votre travail, mais une unanimité pour considérer que les échelles bis sont destinées aux agents de maîtrise qui n'ont pas vocation à devenir cadre … et ensuite le fait que monsieur Carriole estime que votre récompense, c'est d'être désigné pour aller au CÉSI... »

Pour être exact, je m'attendais à ce genre d'argumentation qui intègre à la fois, l'aspect souvent trop administratif de la gestion du personnel et dans le cas présent, une petite pointe paternaliste que je déguste avec difficulté. Je maîtrise cependant le désappointement qui monte en moi, et d'une part parce que Kientz est sincère et d'autre part, parce que me revient en tête l'entretien que j'ai eu avec Carriole, il y a environ dix-huit mois, concernant ma promotion, je demeure calme. Je me déleste cependant d'une aigrelette humeur :

« Eh bien, je vous remercie tout de même de m'avoir proposé... Et je suis sincère. Mais je constate une fois encore que ces attitudes administratives s'accordent fort bien avec le poids syndical et la culture de l'individu moyen... Alors puisque nous sommes entre gagne-petit, en conséquence, vous direz à Carriole que je ferai l'économie de mon pot de départ... »

Par cette déclaration peu glorieuse, j'essaie d'éviter de montrer à Kientz mon parfois vigoureux esprit caustique. De son côté Kientz, un peu contrarié de n'avoir pu convaincre, se montre assez compréhensif et aimable pour ne pas relever mon amertume. La sonnerie de l'heure de repas de midi, mit un point final à cet entretien, dont je retenais, pour plus tard, un enseignement, au bénéfice des agents dont j'aurais la charge.

J'observai, en silence, que mon commandement avait, de mon point de vue, en dehors de mon avancement, deux autres options possibles, savoir la Prime de Majoration Exceptionnelle (PME, souvent employé pour retarder d'un an la promotion d'un agent et qui m'aurait été servie pendant mon temps d'études au CÉSI), ou une simple prime (idem la huitaine dont j'avais déjà bénéficié), donnée à titre de remerciement pour services ponctuellement rendus dans son poste.

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