AU DELÀ DES BOUCHURES
Les figures et les voix se bousculent et prennent apparence et paroles. Ainsi du père Vidaud retraité, de Picard devenu chef de subdivision Avions à Toulouse de Guillet retraité, de Bojeat toujours à l'affût d'une solution, le gentil Pagès, et même de l'imperturbable Dougnat. Ainsi de Lançon chef d'équipe des chaudronniers qui classe ces travaux en six degrés d'urgence, du père Loubic qui dirige ses mastiqueurs dans une indifférence générale, de Mothes toujours calme et silencieux, de Castela l'observateur futé et efficace. Ainsi des contrôleurs Juret et Reine. Ah ! le père Reine technicien moteur aux pommettes saillantes et rouges qui a fait tourner tous les moteurs Pratt et Withney avant de prendre en mains, avec la même maîtrise, les réacteurs du B 707. Et ce chef d'équipe des discrets menuisiers et selliers rarement mis à l'honneur.
Entre les premières analyses et choix de l'opiniâtre gadzart Maurice Gruson et l'animation sans faille du valeureux supelec Claude Kientz, que de chemin parcouru pour rendre de plus en plus performante notre activité industrielle de grand entretien.
Autant d'efforts et de capacités de techniciens qui permettront un jour, à Air France, dans un futur grand hangar N7, déjà imaginé, de réaliser le grand entretien de l'ensemble des flottes Boeing 747 d'un groupe nommé Atlas, regroupant les compagnies Alitalia, Lufthansa, Iberia, Air France et Sabena.
Et ma joie mêlée de fierté d'avoir, dans ce concert, à mon niveau, fait vivre avec conviction cette fonction d'ordonnancement et de lancement, et d'avoir, en même temps appris tant de choses, des situations et des hommes susceptibles, de servir un jour.
Le dernier vendredi, vers midi, je fais un dernier tour dans le hangar, marchant entre les chaînes de révision, comme quelqu'un qui cherche à retenir quelque chose avant de partir, quelque chose d'impalpable, d'une humanité à la fois douce et amère, qui étreint quelques instants une grande et soudaine solitude, et que faute de mieux, on nomme le temps qui passe. Naïvement, l'espace d'un instant, je caresse le rêve de revenir ici, un jour, comme adjoint chargé de la Production.
À l'occasion de mon au revoir, Carriole me demande d'honorer son choix de m'avoir envoyé au CÉSI, Kientz sait me dire avec sincérité ses remerciements et sa confiance, Manuel, Gilbert et Brian me témoignent chacun leur affection, Dudu me réchauffe le cœur en me rappelant en souriant le bois dont on fait des flûtes, et le gars Dombre, portant “as usual” une sobre pochette, me fait part, avec une certaine émotion de ses vœux de succès. D'autres personnes, saluent un intellectuel que je ne suis pas, et pensent, peut-être avec raison, que j'ai beaucoup de chance de poursuivre des études payées.
Dès lundi prochain, à Boulogne-Billancourt débutera ma première année de formation et chaque samedi, je devrais donner des répétitions de mathématiques aux élèves des promotions suivantes..
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