RENÉ BRIAN (CIV 47/50) ... puis la lumière et la sagesse...
Hangar N5 d'Orly 1962/1966
Royal Air Maroc, Direction technique, Casablanca 1986)

Nous sommes au printemps 1962. Depuis un peu plus d'un an, concernant les documents techniques et les documents de travail, au Département des Grandes Visites, les choses évoluent. D'une part le bureau d'études du département a créé la Fiche analytique, document technique exhaustif intégrant toute la connaissance et l'expérience technique acquises sur telle fonction ou circuit, d'autre part une mission auprès de la Pan Am (Pan Américan world Airways, disparue en 1991), effectuée par un ingénieur et un contrôleur principal, a rapporté des États-Unis, les fameuses Job cards, qui traduites et enrichies, au verso, des références et/ou extraits des fiches analytiques, ont données les nouveaux bons d'opérations à l'usage des compagnons.

Point important concernant leur planification, les opérations tiennent désormais compte d'un découpage par zones de l'avion, d'où la meilleure connaissance de l'occupation de certaines de ces zones et le déclenchement quand nécessaire, de travaux en horaire décalé. Les grandes visites B 707 sont effectuées avec une durée en docks de treize jours et demi. La prochaine campagne verra ce délai réduit à neuf jours et demi.

Je suis pleinement occupé sur la chaîne d'entretien B 747, lorsque mon chef de service vient avec l'intention de me présenter quelqu'un de récemment affecté à la Préparation.

Inutile, je le connais déjà mon ancien.

À Vilgénis, René Brian qui sévissait comme (bon) ailier droit de l'équipe de football junior, faisait partie, lors des moments de détente près du château, de ceux qui tentaient d'enfoncer au fond de la cage, le jeune gardien de but volontaire que je m'efforçais d'être. Et il tirait bien l'animal... J'avais conservé de lui l'image d'un type discret et aimable. Alors, sans que cela soit de nature à créer des liens indissolubles, un tel petit souvenir permet au moins de se serrer la main avec plaisir quand on se retrouve, une douzaine d'années plus tard. Bien évidemment, ce fut le cas.

René, mince, de taille moyenne, paire de lunettes sur nez légèrement arqué, est un type attentif, sérieux, au sourire parcimonieux. Quand il est assis, les petits sautillements continus de sa jambe droite semblent traduire et évacuer une certaine nervosité.

Et, quand je vois mon collègue avancer dans l'atelier, un document à la main, avec sa grande blouse grise ouverte, je ne peux m'empêcher de penser, en souriant, qu'avec une perruque et une grosse moustache, il ressemblerait un peu à Groucho Marx... Tout cela m'apparaît plutôt sympathique.

René m'est confié en vue de réaliser sa formation en lui proposant d'intégrer mon expérience, de la fonction ordonnancement/lancement sur chaîne. Un peu embarrassé de devenir « hiérarchique » par rapport à un ancien (trois ans de plus que moi) et un copain, qui plus est, alors à l'échelle 12, je décide de lui faire illico un « briefing » complet concernant notre travail, lui indique qu'avec Manuel Diez et Gilbert Cabot, nous avons deux préparateurs « matières » de qualité qui gèrent, plutôt très bien, la demande et les humeurs des « clients », et ne lui cache pas que, sur chaîne, il y a beaucoup de sujets à suivre …

À titre personnel, je lui avoue que je suis plutôt exigeant et que cela peut paraître inutile, — voire chiant ou prétentieux aux yeux de certains, — mais que c'est pour moi, dans ce type de poste, le seul moyen de ne pas être débordé et d'être considéré, et qu'en contrepartie, je pense être totalement franc et « réglo ». Je lui précise que je serais toujours à ses côtés pour l'écouter et, autant que faire se peut, lui faciliter la tâche et prendre mes responsabilités en cas de besoin.

Pour commencer, je lui suggère de bien observer le déroulement d'une journée de travail.

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