AU DELÀ DES BOUCHURES
Concernant le contremaître chef de chaîne, je lui délivre ma version personnelle : l'agent de chaîne, non rattaché hiérarchiquement au chef de chaîne, est avant tout au service de la production, et c'est avec la qualité de ses prestations et de ses rapports avec les chefs d'équipe et les compagnons, qu'il acquiert la considération... voire, le cas échéant, l'estime (rarement exprimée...) du contremaître. Je termine en lui expliquant, que l'agent de chaîne, responsable de la détermination des effectifs et de la tenue du planning, est aussi, d'une certaine façon, un adjoint au chef de chaîne et qu'il doit également tenir ce dernier au courant, en cas de difficulté dans le déroulement de la visite.
Je lui indique enfin que lors de la réunion de commandement qui précède d'une quinzaine de jours chaque visite, l'agent de chaîne doit indiquer les difficultés éventuelles concernant les travaux et charges de travail de la visite à venir. René sourit, intègre sans sourciller et pose immédiatement des questions concernant la planification des opérations. Je lui propose de lui faire un exposé détaillé et complet un samedi entier, en heures supplémentaires.
Travailleur appliqué et volontaire, fin observateur, collaborateur efficace et loyal, le gars Brian, qui six mois après son arrivée, a pris, peu à peu, connaissance technique et zonale du B 707 et, sur le plan ordonnancement des travaux et traitement des problèmes, se révèle être un très bon élément. J'en suis très satisfait et surtout très heureux et j'en fais part à René. Pour le détendre, je lui sers en riant, la phrase que Charles Duménil avait employé à mon égard, en me commentant sa première notation :
« Tu es du bois dont on fait les flûtes, donc il faut en tirer le meilleur... »
J'ai ensuite un entretien cordial avec lui et lui propose d'élargir ses responsabilités, en lui confiant la tenue à jour du planning directeur GV B 707.
Par ailleurs, je lui suggère d'être plus détendu dans certains de ses rapports, d'afficher des phases souriantes dans les discussions lors de traitement des questions, de façon à détendre l'interlocuteur et mieux « inviter » son adhésion. Je vais jusqu'à lui avouer que j'avais, moi-même, dû faire cet effort au début.
René reçoit positivement ces observations, mais j'observe néanmoins que sa jambe droite continue de libérer la pression...
En ayant été nommé dès octobre 1962, chef de l'échelon Lancement/Coordination du service Préparation — échelon regroupant quatre groupes de lancement sur chaîne, un groupe chargé de l'approvisionnement en matériels révisables et un autre groupe chargé des manutention et transport, soit au total 35 personnes — de l'organisme de Grand Entretien Avions, je me retrouve propulsé en situation de « faisant fonction » dans un poste astucieusement et immédiatement mis « à cheval » (III/IV maîtrise/cadre), à l'organigramme de l'organisme.
Octobre 1963, Claude Kientz (ENSE), en provenance d'Alger via un détour par la division chargé de l'aménagement commercial arrive, tout bronzé, à l'organisme chargé du grand entretien, pour remplacer Jean Treins, précédent adjoint chargé de la production, et lui succéder dans le poste nouvellement défini de chef du Service des Ateliers ( quatre chaînes de révision [ 2 B 747, 2 SE 210], un atelier dit de « traitement des sous-ensembles » et une salles de câblages). Kientz négocie et obtient que le Service Lancement-Coordination et moi lui soient rattachés.
Progressivement, René Brian, qui m'a succédé au poste d'agent de chaîne assume avec sérieux et compétence, ses fonctions d'agent de chaîne B 707, auprès du contremaître Albert Dougnat.
- 184 -