Lorsque je frappe à la porte de la salle de classe qui m'avait été indiquée par le directeur de l'école, le cours du professeur de français est commencé depuis près d'une demi-heure. Invité à entrer, j'ouvre largement la porte et, immobile, découvre les visages de la classe et le regard d'un noir geai de monsieur le professeur Pennetier. Confus du dérangement, impressionné par le nombre d'élèves, ne sachant que dire, je libère mon embarras par un sourire et par une formule berrichonne qui, faute de mieux, me vient à l'esprit :

« Bonjour la compagnie.. »

L'ensemble des élèves éclate de rire, tandis que monsieur Pennetier, fier militant du récent Parti Socialiste Autonome (P.S.A : issu d'une dissidence SFIO et futur P.S.U), réputé excellent professeur et grammairien reconnu, costumé d'un impeccable prêt à porter de qualité, se redresse, me fixe d'un regard volontairement indifférent et, m'indiquant du doigt le siège où je suis invité m'asseoir, égrène sur un ton laconique et comme indifférent, son compliment de bienvenue :

« La compagnie vous salue en retour... veuillez prendre place auprès de monsieur Coupé... afin de bénéficier de la fin de ce cours... et notez que vous devrez me remettre, pour demain matin, dix pages d'écriture, sanctionnant votre retard et votre entrée, comment dirais-je,... originale... »

Certes, mon arrivée quelque peu décontractée m'avait valu les pages d'écriture et une belle remontée de bretelles en famille, mais elle m'attira également la sympathie d'un grand nombre d'élèves, dont certains qui, au début, me considérèrent comme un plaisantin innocent, voire comme une curiosité.

Ainsi débutèrent deux années (deuxième et troisième années de cours complémentaire : CC5 et CC4 à l'époque) qui se révéleront heureuses tant au plan des études qu'au plan des copains. En effet, trois mois après cette entrée incertaine, et durant toute ma scolarité, rue de la République, à Créteil, les résultats, particulièrement en mathématiques et en français demeurèrent excellents. Je demeurai cependant un élève dissipé dont les jeux de mots, astuces et imitations déclenchaient les rires de la classe, mais bloquaient ma note de conduite (coefficient 5) à douze sur vingt, me privant ainsi du premier rang de la classe...

Cette agréable situation se prolongeait, hors les cours, en fin d'après-midi et après le dîner quand la demi-douzaine de copains de la tranquille rue des écoles se regroupait devant le pavillon familial.

Aux échanges de ballon qui nous défoulaient durant une demi-heure, à la demande de Roger Coupé et de Jean Joly, camarades de classe, nous traitions alors, craie en main, les questions de cours et les exercices de géométrie et d'algèbre à remettre.

La règle, établie entre nous, concernant les maths était claire. En n'oubliant pas d'imiter Jamilloux, le professeur, je répétais, selon le cas, les équations algébriques à résoudre où les problèmes de géométrie, développais les solutions, écrivais en lettres et chiffres le développement et donnais les résultats et conclusions, le tout sans que personne n'ait le droit de prendre de notes écrites.

Roger Coupé était toujours admiratif, tandis que son frère plus âgé, qui avait quitté depuis deux ans le cours complémentaire, semblait attendre que je perde le fil de ma démonstration. Jean Joly, fils d'un communiste notoire, appliqué à vouloir progresser, était le plus attentif. Dubitatif, un nommé Serge, qui voulait être conducteur d'autobus, et un nommé Clément toujours discret, tous deux élèves préparant leur certificat d'études, assistaient impassibles à la scène. Certains soirs, la présence de Denise Gritti, première en maths de la classe de même niveau, et jolie petite demoiselle qui avait mis mon cœur en émoi, introduisait un peu d'émotion dans l'assemblée. Je m'obligeais alors à plus de concentration pour mériter son sobre, mais si attendu et si précieux compliment.

En été, de vingt heures trente à la limite qui m'était accordée de vingt deux heures, le petit groupe se retrouvait pour reprendre d'interminables discussions sur un grand nombre de sujets.

Un nommé Mallet, élève intelligent au parler gouailleur, mais perturbateur dispersé au possible en classe, par ailleurs féru de sport, nous rejoignait parfois et abordait alors aussi bien le football que le Tour de France cycliste dont il connaissait par cœur, équipes et célébrités. Les formules issues du journal L'Équipe fusaient alors : un simple but marqué devenait vite un tir

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