AU DELÀ DES BOUCHURES
Automne 1964. Depuis un an, Claude Kientz, ingénieur sup'elec, chef du service des ateliers, est mon chef direct. La rédaction de ma feuille de notation vient de me confirmer que je bénéficie de son estime et de sa confiance.
Alors, une fin d'après-midi, je lui parle de Roussel. En fait, je tâte le terrain pour savoir s'il connaît bien l'affaire. Je lui demande de bien vouloir se renseigner sur l'individu concerné en dehors de moi.
Trois semaines plus tard, je reviens sur le sujet. Kientz me répond qu'il y a eu sanction méritée et que l'intéressé a été remis à l'atelier à juste titre. À cet instant, avec une certaine impudence, je passe ma robe d'avocat et me libère:
« C'est aller un peu vite en besogne... Voilà un garçon de grande valeur, qui après dix-sept ans d'une carrière exemplaire, dont cinq années de faisant fonction chef d'équipe, commet une faute lourde, à juste titre sanctionnée. Il lui reste une quinzaine d'années à travailler, et, sous prétexte qu'il n'est défendu par personne, on va le laisser mijoter, jusqu'à la fin, dans la situation actuelle ? Eh bien moi, ça me paraît un peu injuste... »
Kientz me regarde, un peu éberlué par ma véhémence et rétorque :
« J'entends votre propos, mais il est un peu tôt pour retirer une sanction qualifiant un tel important manquement... »
Je repars à l'assaut :
« .. et les cinq années de responsabilité de chef d'équipe sans le titre, sans le salaire... Vous imaginez ce que c'est que d'exercer un commandement dans ces conditions ? La nature humaine est ce qu'elle est... Au fil des années, les compagnons doutent de la capacité du faisant fonction à être nommé... Quant au contremaître, qui a été promu sans le moindre examen, c'est lui qui est chargé de le convaincre d'aller passer au moins une des épreuves d'accès à Vilgénis...! Eh bien sachez que ces épreuves, dont je suis un ferme partisan pour l'accès de tous les jeunes, sont un véritable cauchemar pour la presque totalité des anciens... qui ont peur de se ridiculiser... Par ailleurs, je pense qu'un stage abordant les problèmes de commandement, les documents de travail et les dépenses matières serait plus nécessaire et plus bénéfique... »
Kientz est une personne très honnête, non insensible aux arguments, mais aussi d'humeur un peu susceptible dès que le sujet concerne les prérogatives de la hiérarchie. Ses yeux sourient juste ce qu'il faut, tandis que sa langue effectue un grand huit de perplexité dans sa bouche :
« J'ai écouté vos arguments, il ne sont pas négligeables, mais vous outrepassez un peu vos droits. Laissez le commandement être juge de tout cela... »
Silence. Puis sourires. La charge de la brigade légère n'a pas été inutile...
Durant l'hiver, j'entreprends mon chef deux fois mais sans succès. Kientz me paraît convaincu de ma demande, mais ne semble pas réussit à convaincre le chef d'organisme Carriole lequel n'est pas mauvais bougre, mais à cheval sur le règlement et hésitant devant la plaidoirie de la cause.
Mai 1965, la Division Révision Avions est sollicitée pour exécuter, en juillet la grande visite d'un Lockheed L.1049 D de la Seabord World Airlines (SWA). Le client précise que les bons d'opérations à signer doivent être rédigés en anglais. Kientz prend mon avis (effectifs, documents et équipements révisables), sur la faisabilité. Je lui réponds qu'il convient de faire la visite en quatre
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