AU DELÀ DES BOUCHURES
Compte tenu de la conception que nous nous en faisons, le bonheur peut-il être considéré comme but de la vie ?
Pour les raisons suivantes, nous pensons que oui :
- objectif supérieur au plaisir, il exige un certain renoncement, ou tout au moins il invite à hiérarchiser voire sélectionner les plaisirs. En ce sens, il est donc mesure et en cela il est supérieur à l'épicurisme.
- le bonheur est vertu ; La morale ne peut aller à l'encontre du bien collectif.
- dans sa conception dynamique, il est Amour et Vie. En ce sens, il est inséparable de l'action, de l'effort, et fait, obligatoirement, intervenir un certain don de soi. (ce n'est rien donner aux hommes, que de ne pas donner une partie se soi-même, dit Axel Munthe, auteur du Livre de San Michele... )
Il appert cependant qu'il ne peut devenir but de notre vie qu'à condition qu'il se valorise avec une saine joie. Nous ne pensons pas que le bonheur doive être recherché ou plus exactement calculé ; il est plutôt octroyé comme une sorte de récompense « par surcroît » destiné aux âmes bien nées, aux âmes « positivement chanceuses ».Mais cette dernière observation contrarie quelque peu le sens du mot but. Ce qui, en définitif, demeure certain, c'est qu'il est sain, qu'il est moral et bénéfique de croire au bonheur. Cette croyance devient alors acte de foi et imprime notre subconscient. Le bonheur est, avant tout, espérance.
La conception métaphysique qui identifie le bonheur avec la béatitude est difficile à promouvoir. Est-elle compatible avec l'idéal d'une société arrivée à l'ère technologique ? Est-elle réservée à quelques privilégiés qui ont fait ou pu faire ce choix ?
Dans notre monde moderne, avec sa vie trépidante, ses exigences intellectuelles, techniques et ses sollicitations nerveuses, cette règle morale devient règle d'hygiène. C'est presque une discipline de rééquilibre mental. Cette conception est elle même fonction de toute une appréhension de l'univers et de la vie humaine. La notion de bonheur est alors valorisée au départ ou se manifeste, (donc se choisit, d'une certaine façon), à une époque riche en possibilités, avec une certaine volonté de bonheur.
Chez certains philosophes, cette définition rejoint cet idéal qui bien souvent demeure l'inaccessible produit de l'imagination. Cet idéal a trop propension à devenir également un refuge. Je souhaite à tous ceux qui sont convaincus de son intérêt, de s'y maintenir, en équilibre, sans trop difficultueuse transition et sans négation.
La biologie précise que le psychisme ne saurait s'abstraire de la vie végétative. Le retentissement du diencéphale sur l'écorce psychique et l'influence du psychisme dans la vie organique se situent pour l'endocrinologiste dans de hautes sphères qui surplombent sa discipline.2
Mais les quelques molécules chimiques qui gouvernent les instincts et influent sur les intelligences, ne sont pas étrangères en fin de compte au concept bonheur à l'échelon individuel.
Alors, finalement sommes-nous nos maîtres ?
Peut-être, mais en partie seulement... La longue chevauchée patiente et hasardeuse existe pour la majorité : cela doit s'appeler discipline et éducation.
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