États-Unis. Ce projet, dont il semble bien informé, fait l'objet d'une organisation particulièrement complexe à travers un planning Pert très sophistiqué. Intéressé mais perplexe, je rétorque à Valette qu'il me semble difficile de pouvoir accéder à un stage auprès d'un consortium aussi important. Valette décidément très déterminé, ajoute être en mesure, via sa belle-sœur qui travaille au ministère des Affaires étrangères, de résoudre ce problème, sans difficulté, et en peu de temps. À moi d'obtenir l'accord d'Air France pour un ordre de mission et de lui donner le feu vert, pour la suite.

J'informe Jean-Claude Thiot, mon jumeau Air France au CÉSI de mes intentions et lui propose de se joindre à moi, pour demander l'autorisation à Henri Macé, sous-directeur du Matériel, de préparer ensemble la proposition de Georges Valette. Monsieur Macé, homme discret et aimable personne, nous reçoit, écoute calmement le détail de mon exposé des motifs, s'étonne courtoisement de notre si rapide ambition, qui ne respecte pas tout à fait l'usage du premier stage, et par un long soliloque zigzagant et entrecoupé de silences, nous invite à rechercher raisonnablement une option française... Déception, mais message reçu d'avoir à rester en tout dans la plage consentie de l'initiative !

Mon stage aura lieu dans un service Méthodes, d'une entreprise française nationalisée, installée en banlieue parisienne... Bonjour la chance...

L'endroit est triste. Une douzaine de personnes placées sous l'autorité d'un jeune gadzard, à l'abord sérieux qui semble cloîtré dans son bureau. Une charge de travail pour six à huit personnes. Peu d'initiatives. La plupart du temps, il s'agit de recopier des documents, sans apport de valeur ajoutée. Le moral de tous, plus ou moins masqué par un sourire d'accueil, est au plus bas. Au fur et à mesure, convaincues que je ne suis pas un espion envoyé par la Direction, les consciences tentent de s'exprimer. L'ennui, la critique, parfois le fiel, ont pris place principale dans l'expression de tous et se libèrent à mon contact. Mais au fond personne n'a l'intention d'engager un dialogue, de faire des propositions. La critique, demeurée la seule pitance journalière fédère curieusement un groupe sans animation hiérarchique. Repoussant toute initiative, enveloppé d'ennui, le règne amer, silencieux et désespérément attentiste du perdant-perdant s'est installé. Je suggère à certains de formuler non pas des revendications mais des propositions. Au-dessus de leur volonté rongée par le doute et de leur esprit préférant se soulager en mornes et débilitantes plaintes. Bonjour tristesse...

Et à midi, cette cantine — état des lieux, qualité des menus — d'un niveau inférieur à la première cantine en zone industrielle d'Air France en 1952..., qui n'est ni lieu, ni moment de détente...

Je fais mon rapport sur le rôle, les responsabilités et les tâches dévolues à ce service, le remet à ce chef de service, ingénieur des Arts et Métiers, puis suis invité à prendre connaissance de sa feuille d'appréciation me concernant. Pas de problème et commentaire aimable. Alors je lui demande si je peux avoir avec lui, une discussion « off record » moyennement confidentialité réciproque. Demande accordée en souriant. Alors j'emprunte mes patins de jésuite et me mets à glisser sur la glace de la rhétorique, exécutant mes figures avec d'infinies précautions … tout en essayant de conserver le cap de mon numéro de voltigeur, concernant l'atmosphère délétère du groupe placé sous son animation. Devant mes rétablissements de plus en plus difficiles, mon interlocuteur décide de venir à mon secours et m'informe du destin, à court terme, de l'unité de production actuelle et du service dont il a la charge. Dans un délai de l'ordre de dix-huit mois, l'ensemble devrait être regroupé géographiquement au niveau du siège ou se trouve déjà l'unité principale de production. Le déménagement devrait également coïncider avec une réorganisation partielle, non encore arrêtée, de la fonction Préparation. Dans ces conditions, je comprends mieux les interrogations et l'embarras de cet ingénieur, tenant son premier poste, et qui, tout en étant concerné, ne semble pas être partie dans cette affaire. Je me sens impuissant à formuler un avis véritablement utile. Néanmoins, je lui recommande vivement de se rapprocher du personnel qui lui a été confié et de faire en sorte de déclencher la participation de ses agents et de faire éclore toutes leurs suggestions et de maintenir un certain lien avec eux.

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