AU DELÀ DES BOUCHURES
Au retour dans le box, la situation fait l'objet d'un nouveau tour de table, avec commentaires de tous poils. Majorité de bravos, mais petits grincements sur mon type d'attitude. J'indique que, de fait, j'ai raisonné de la même façon que face à une situation susceptible d'être rencontrée au travail, et très modestement, m'en explique avec mes collègues :
« Lorsque votre chef de service (demain votre directeur), vous soumet (tra) une question à traiter ou vous interroge(ra) sur un point délicat, vous avez deux possibilités, lui répondre sur le champ si vous vous sentez prêt, mais, si vous êtes plutôt creux ou insuffisant sur le sujet, lui demander un temps de réflexion et vous mettre dare-dare au travail, pour traiter la question et préparer votre réponse, si possible bien étayée destinée à l'échelon supérieur. »
Le groupe est partagé mais s'accorde à reconnaître que j'ai pris mes responsabilités.
Cours, interrogations, exposés, conférences se succèdent qui élargissent nos connaissances et forment notre esprit à mieux appréhender les problèmes, les situations et à mieux dégager les voies de résolution. Et d'une certaine façon, nous apprenons à apprendre tandis que chacun opère, puis peaufine, au fil des mois, sa propre synthèse.
Janvier mil neuf cent soixante sept. Stage de deux semaines en entreprise qui, pour Jean-Claude Thiot et moi, a lieu chez Rolls-Royce Limited dans son unité de Glasgow. Stage facilité par le fait que Thiot, motoriste d'origine, connaît les représentants, auprès de la Direction du Matériel d'Air France, du motoriste britannique, lequel fournit le réacteur Avon RA 29 qui équipe les SE 210 Caravelle de notre Compagnie.
Chez Rolls, traitement VIP. Chaque matin, à huit heures, une vieille Rolls de collection, piloté par un distingué chauffeur, vient nous chercher à l'hôtel.
Après un accueil cordial, nous bénéficions de séances de travail régulières et très bien organisées, langue anglaise avec un très fort accent écossais2, qui sollicitent notre intérêt et exigent toute notre attention. Ainsi seront abordées les évolutions successives du réacteur Avon depuis le RA 26 MK 521 jusqu'au RA 29, mais aussi toute l'organisation et les autres activités de RR limited.
Break systématique à dix heures pour un thé et des petits gâteaux. Repas léger mais convenable à midi. Rythme identique l'après-midi, avec un tea time à seize heures.
À dix-huit heures, « notre Rolls » et un chauffeur de maître stylé et impassible comme un guard de Buckingham nous confèrent un indéniable rang en nous reconduisant à l'hôtel.
La soirée demande organisation, car le sympathique et propre « bed and breakfast » ou nous sommes installés fournit un service minimum… et des chambres avec un chauffage électrique payé par alimentation d'une fente à pences. Par ailleurs l'établissement est fermé dès onze heures et nous sommes formellement prévenus que personne ne viendra nous ouvrir en cas de négligence de l'horaire de notre part... Dehors, en soirée, hors les restaurants assez chers, pubs et ballrooms à entrée gratuite, sont les deux lieux publics ouverts et chauffés à la fois... Alors, nous tentons de pratiquer l'optimisation économique et sociale, en allant d'abord au pub avaler quelques sandwiches et une pinte de bière, puis à marche rapide, partons au ballroom.
Et un soir, arrive ce qui devait arriver. Rencontre avec un groupe de quatre élèves infirmières de l'hôpital de Glasgow. Présentation. Discussion. Danses. Atmosphère très cordiale et très agréable et à plus de vingt-trois heures nous sommes encore là. Soudain, réveil brutal et penaude explication des petits français qui avec bien du mal expliquent que n'ayant pas respecté la règle horaire du bed and breakfast, vont devoir coucher dehors...
- 206 -