AU DELÀ DES BOUCHURES
Les jeunes infirmières se tordent de rire devant les Don Juan en déconfiture… et puis nous invitent, in good faith with the most honorable intentions, à venir dormir chez elles, dans la ville voisine de Lennoxtown. Et c'est ainsi, — et donc sans aucune prouesse à étaler —, que nous passons une nuit sur des matelas installés au sol et que le lendemain matin, vers dix heures, nous dégustons avec appétit, les toasts et les nombreuses et délicieuses saucisses grillées, achetées le matin même et préparées, à notre réveil, par nos gentilles et dévouées hôtesses.
Une des quatre infirmières rencontrées, personne douce, agréable et d'une discrète beauté, nommée Ann Mac Leen, nous reconduira à notre hôtel, en début d'après-midi.
Le surlendemain, reprenant le cours de notre stage, nous présentons nos excuses à notre cicérone et lui expliquons la situation vécue. Un flegme tout britannique imprime alors son visage qui semble de cire et fait montre, sans effort, d'une compréhension totale devant si banale aventure. Mais la prunelle de son œil allumée progressivement, au fur et à mesure du récit, est soudain relayée par la parole, qui libère la tension accumulée, par une saillie inattendue, — aux termes non encore tous mentionnés dans les cours d'anglais scolaires — et susceptible d'être ainsi traduite :
« J'espère que des gentlemen de votre qualité, n'avaient pas oublié leur équipement tout terrain... (town and country)... »
Je dois avouer qu'il nous a fallu quelques minutes pour réaliser que notre interlocuteur faisait ainsi allusion à des préservatifs.... Masquant alors d'un sourire conquérant la sagesse de la soirée objet de cet échange, nous n'avons pas manqué de le rassurer, tout en nous félicitant d'avoir fait un nouveau pas dans la connaissance de la langue anglaise...
Notre seul dimanche passé à Glasgow fut assez triste.
Informés la veille, de l’absence de service dans notre bed and breakfast, après un lever tardif, nous prenons possession de la cuisine, des placards et du réfrigérateur et, ayant réuni les œufs et diverses provisions, nous nous autorisons avec entrain et égoïsme un copieux petit déjeuner. Sur le coup de midi, nous décidons d'une promenade. Sous un gris ciel d'hiver, la ville, aux magasins et pubs fermés, et aux très rares promeneurs, semblait morte. Après avoir acheté des cookies à un vendeur ambulant, et fait provision de pièces de monnaie pour alimenter le radiateur, nous rejoignons notre logis afin de commencer la rédaction de notre rapport de stage. Alors que nous allons monter vers nos chambres, nous entendons un léger bruit, et apercevons un personnage fantomatique qui, en robe de chambre, théière à la main, s'échappe d'un couloir pour retrouver sa paix dominicale.
Le vendredi de la seconde semaine, dernier jour du stage, nous fûmes, en soirée, invités au restaurant par nos hôtes de R.R. Nous eûmes droit à ce fameux Haggis accompagné de purée de pommes de terre et ... d'un excellent scotch whisky (malt whisky), bien nécessaire à la digestion de la panse de mouton... Seul un poème de Robert Burns manquât à ce festin écossais bien arrosé.
Tard dans la soirée, comme tous les vendredis, sur les murs des bâtiments non habités des quartiers populaires de Glasgow, les jets nourris et prolongés des habitués des pubs, rendaient aux caniveaux, par multiples rus, les nombreuses pintes de bière vidées durant les longues heures passées à tenter, dans la chaleur des pubs enfumés, d'ignorer avec dignité et convivialité leur solitude ou leur misère.
Ainsi se terminait — dans la plus grande ville écossaise, cité industrielle à forte activité navale d'une des quatre nations du Royaume-Uni — un stage profitable et un séjour légèrement teinté de mélancolie, qui avait élargi, presque insidieusement, nos connaissances techniques, linguistiques et sociales en associant à la fois, les exposés de techniques de Rolls-Royce et plusieurs autres courts moments passés à voir vivre un peuple accueillant, dynamique, et fier de ses racines celtes.
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