En me raccompagnant à la porte de sa propriété, petite allusion en accord avec un œil ironique, qui semble vouloir me tester :

« Alors rendez-vous quai de Jemmapes début juin ... Vous qui êtes à Air France, ça va certainement vous changer le privé…!

Concernant mon mémoire d'études, — pour lequel, Jean Loviny, ingénieur sup'élec, chef du service Méthodes du département Méthodes et Moyens de production de la direction du Matériel d'Air France, est mon chef de travaux —, étant donnée ma large expérience du grand entretien des avions, je considère être en mesure d'écrire une somme argumentée sur le sujet.

En conséquence, je prépare un sommaire de plus de deux pages et, plein de détermination, me rends au premier rendez-vous avec pour intention ferme de proposer mon sujet. Après avoir lu, avec attention, mon sommaire et murmuré, quelques sons d'approbation et/ou de surprise, mon interlocuteur, récompense d'un doux sourire un peu condescendant, mon abord un peu primaire de la situation :

« ... très complet ce sommaire... on voit que vous avez réfléchi à la question... et que vous aimeriez bien traduire tout cela par écrit. Si je vous suis dans cette voie, vous allez pondre un gros volume susceptible de prouver et résumer vos connaissances... et, en finale, vous... vous n'aurez rien appris de plus... que ce que vous savez déjà... Alors, il serait plus convenable de choisir un autre sujet... »

Silence. En une phrase toute simple, il m'a dépossédé de mon sujet.

Je n'ai rien prévu en ressource.

Amorce de sourire de sa part. Insistant, son regard d'astigmate guette ma réaction.

Sans montrer ma contrariété, j'essaie alors d'opérer un dégagement plein de bonne volonté, afin de ne pas perdre la face :

« Vous avez raison... il me faut faire un choix différent... je dois y réfléchir... et, après tout, rien ne m'empêche de traiter le grand entretien, en plus du sujet de mon mémoire... »

Loviny ne relève pas mon propos, et poursuit son argumentaire :

« Ce mémoire, c'est l'occasion d'envisager un autre sujet, et de réfléchir plus largement, au delà de l'aspect technique d'une situation, pour aborder, par exemple, l'aspect économique. Ainsi, en ce qui concerne l'activité d'entretien des avions, compte tenu des sommes mises en jeu lors de nombreuses décisions, il est intéressant d'observer, que la possibilité et l'intérêt de pratiquer, sur l'instant ou sur le terme, un raisonnement économique, existent dans de nombreux cas. Voilà une thèse qui me semble intéressante à soutenir... et un travail qui, par ailleurs élargira vos connaissances. »

Après avoir, durant une heure, frotté et limé ma cervelle3 contre celle de mon interlocuteur, qui, — par ailleurs délégué du personnel cadre CGC, — s'avère tacticien habile, en même temps que personne volubile et un peu brouillonne, je suis convaincu de me mettre au travail, sur ce large et inconnu nouveau sujet, et, dans un dernier effort, avant que se termine ce premier entretien, je propose le titre de mon mémoire, lequel ainsi rédigé, qui reçoit l'acquiescement satisfait de mon chef de travaux :

« Les caractéristiques de l'entretien de la flotte d'une compagnie de transports aériens demandent une large utilisation du raisonnement économique à tous les échelons. Exemples. »

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