Subitement première découverte, que je n'avais pas faite lors de mon premier passage. Sur une face, en partie supérieure du hall, une fresque peinte, — de grandes dimensions, voulant sans équivoque, voire avec insistance, magnifier le travail et l'effort, dans une scène digne de Delacroix retouchée par Dubout — s'offre comme un jugement dernier, à l’œil quelque peu surpris du visiteur.

Me voyant stupéfait, Jean Préault et la directrice commerciale se mettent à sourire, tandis que le PDG, reprenant les rênes sans attendre, excuse rapidement l'excès d'un de ses amis peintres.

Jean Préault, plus âgé que moi de sept années — que j'ai connu de vue, sans plus, durant mon enfance au Châtelet-en-Berry —, m'accueille avec curiosité et sympathie et, après quelques mots brefs sur notre village, propose immédiatement un réciproque tutoiement.

Assez grand, bien bâti, avec de larges épaules, un cou puissant et une tête assez forte, qu'éclaire le regard — attentif, aimable, charmeur et portant cependant continuelle interrogation — de deux grands yeux bleus, surmontés d'un front moyen et d'un crâne lisse comme peau de fesse, habillé de quelques cheveux blancs aux tempes, l'homme qui ressemble, en plus corpulent, un peu à Charles Gérard, débute sa quarantaine, et semble fort aimer la vie, m'est tout de suite très sympathique.

Jean, me présente son équipe : atelier de fabrication de pièces mécaniques, magasin, agents des services commerciaux. Tous sont des caractères affirmés.

Le chef d'atelier est compétent, affable. Pas question cependant de mettre le nez dans ses affaires, sauf pour l'aider à obtenir l'achat de nouvelles machines. Quant au chef du magasin, il envisage carrément de démissionner si on vient l'emmerder. Ambiance tonique.

Côté commercial, la situation est plus subtile.

Jean conduit totalement les gros marchés avec les principaux bureaux d'engineering de l'activité du pétrole (France et quelques places étrangères), lance les fabrications lesquelles sont réalisées en quasi totalité par l'atelier en sous-sol et stockées, au magasin, avant débit vers l'acheteur. .

Trois autres agents sont chargés des ventes de petite mécanique et visserie, dont les fabrications sont majoritairement sous-traitées chez les artisans de Savoie et vendues après application d'un coefficient. Deux d'entre eux pratiquent la vente directe suite à courrier ou demande téléphonique des clients. Le troisième a pour charge d'animer un réseau de commerciaux.

La première mission consiste à réorganiser le stockage et suivi en magasin (classement, rangement).

Opération délicate avec collaboration fructueuse avec le chef du magasin jusqu'à ce vendredi, ou il menace de démissionner car il ne veut pas se séparer des vielles étagères à parcours acrobatique pour les remplacer par des casiers plus adaptés. Et devant le maintien de la position nouvelle, le lundi il vient remettre sa démission ! Branle bas de combat. Discussion. Compromis. Le lundi de la semaine suivante l'intéressé empoche une petite augmentation, on garde quelques étagères en bois pour les pièces importantes. Le fichier de suivi des stocks sera établi.

La seconde mission va confirmer la faible rentabilité des ventes de l'agent commercial qui avance le plus important chiffre d'affaires. Après un entretien très long, durant lequel il lui est expliqué qu'il passe plus de temps à de nombreuses petites commandes, il est invité à examiner la possibilité de ne pas appliquer le même coefficient selon le montant de la commande.

La troisième mission consiste à vérifier l'action (méthode, animation et contrôle) du réseau d'agents commerciaux par le responsable en charge, un certain monsieur Lisier. De taille moyenne, le cheveu brun et plat coiffé à la raie, qui surmonte un front étroit, deux joues flasques, un regard de myope abrité par les verres grossissant d'une paire de lunettes pinçant un nez de petite santé, l'homme de mise sobre, — qui en ville, porte un chapeau de

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